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Les certifications environnementales de l’aménagement et du bâtiment durable sont en pleine effervescence. Depuis une décennie, ces certifications ont su rallier professionnels, public et gouvernements et atteindre une notoriété indéniable. Pensons tout simplement au congrès Greenbuild qui, ces dernières années, a attiré plus de 20 000 professionnels de l’industrie autour de la thématique de l’intégration des pratiques plus responsables dans le secteur de la construction. 

Parmi les grands changements du secteur, citons l’arrivée de la certification LEED v4 et la refonte du crédit « Matériaux et ressources », le lancement de nouvelles certifications telle Well, les percées de HQE à l’international et tous ces répertoires de produits qui se multiplient. 

Ces répertoires constituent des moteurs de recherche pour aider les professionnels à trouver de l’information spécifique sur des matériaux ou des manufacturiers, notamment sur les caractéristiques environnementales spécifiques (ou attributs) telles que, par exemple, la recyclabilité d’un matériau ou le caractère renouvelable d’une ressource. L’information colligée dans ces répertoires a permis à l’industrie de faire un premier pas dans la compréhension de l’empreinte environnementale des produits. 

Jusqu’à tout récemment, les professionnels du secteur avaient l’habitude de tenir compte des attributs environnementaux des produits de construction pour intégrer la valeur environnementale à leurs projets : le contenu recyclé ou la distance de transport jusqu’au site de construction. Or, en tenant compte uniquement de ces attributs, il pouvait s’avérer difficile de sélectionner les matériaux les plus écologiques. En effet, un matériau entièrement recyclable est-il plus écologique qu’un matériau produit à 150 kilomètres du lieu de construction ? 

Des décisions plus éclairées grâce à l’approche du cycle de vie

Depuis quelques années, l’un des grands virages pris par plusieurs certifications de l’environnement bâti est celui de la prise en compte des impacts environnementaux sur tout le cycle de vie des matériaux, et ce, de l’extraction de la matière première jusqu’à la fin de vie, aussi appelé « analyse du cycle de vie » (ACV). L’ACV est une approche scientifique de mesure de l’empreinte environnementale reposant sur la norme ISO 14040, laquelle est reconnue mondialement. 

Cette approche s’impose de plus en plus comme outil d’aide à la gestion écologique et à la prise de décision pour la sélection de matériaux, la conception de bâtiments ou même la planification de quartiers complets. Bien qu’elle inclue un bilan de carbone, l’ACV est une approche multicritère nettement plus complète. Elle permet, entre autres, d’identifier les principales sources d’impacts environnementaux (comme l’énergie d’opération ou la fabrication des produits de construction) et d’éviter de sélectionner des options qui peuvent entraîner des déplacements d’impacts environnementaux d’une étape à l’autre du cycle de vie ou de problématiques environnementales. 

Par exemple, les hydrofluorocarbures (HFC) considérés comme une solution pour le remplacement des chlorofluorocarbures (CFC) dans les systèmes de réfrigération permettent effectivement de réduire les impacts à la couche d’ozone, mais peuvent aggraver les impacts sur les changements climatiques. L’ACV nous assure une meilleure vue d’ensemble sur les compromis à faire dans la sélection de choix écologiques. 

La déclaration environnementale de produits : une communication transparente fondée sur un processus rigoureux

LEED v4, la certification la plus répandue en Amérique du Nord, a choisi l’approche cycle de vie et, plus particulièrement, la déclaration environnementale de produits (DEP ou EPD), un outil reconnu internationalement afin de remplacer les formulaires LEED par attributs. La DEP est une fiche synthèse qui rassemble, dans un format standardisé, l’information relative à la performance environnementale. Les DEP désormais récompensées par des points dans LEED v4 constituent la première étape d’un processus d’amélioration en continu, pour le secteur de la construction. 

LEED emboîte donc le pas aux pays européens qui avaient mis l’ACV au cœur de leurs initiatives il y a déjà quelques années, que ce soit par l’établissement de la « Fiche de déclaration environnementale et sanitaire » (France) ou par la certification des matériaux BREAM (Angleterre). 

Les manufacturiers devront dorénavant répondre aux nouvelles exigences des architectes et des professionnels et pourront y trouver une occasion d’affaires en développant des stratégies de différenciation et en se positionnant avantageusement vis-à-vis de ces certifications. Les premiers à développer ce type d’outil de communication pourront être favorisés lors de projets visant la certification LEED v4. D’ailleurs, les produits québécois pourraient s’avérer compétitifs du point de vue environnemental sur l’échiquier nord-américain, l’utilisation de l’hydroélectricité contribuant significativement à réduire l’empreindre carbone de ceux-ci. 

De façon plus large, en conception intégrée, dès l’étape de la définition de la vision et des objectifs d’un projet, il est possible de donner la priorité aux aspects environnementaux que l’on souhaite considérer selon l’approche cycle de vie. Est-ce l’étape de fabrication des matériaux ou bien celle de l’opération du bâtiment qui aura le plus d’impact ? Doit-on rénover uniquement une portion du bâtiment ou construire à neuf ? Une meilleure compréhension des principaux impacts environnementaux découlant de chacune des étapes du cycle de vie du bâtiment permettra de mieux cibler les stratégies de conception à envisager. Ultimement, les professionnels pourront mieux communiquer la performance environnementale de leurs projets aux investisseurs, aux clients et aux autres parties prenantes. En concordance avec la vision et les objectifs définis, il devient plus facile d’investir là où c’est le plus rentable, tant d’un point de vue environnemental qu’économique. 

Les prochaines étapes

D’autres améliorations viendront, découlant de ce premier pas, pour faciliter le travail des professionnels dans leurs conceptions plus durables. Il est possible de penser que, à terme, les données du cycle de vie issues des déclarations environnementales de produits pourront être intégrées dans les logiciels de modélisation. Ces résultats pourront également être couplés aux données de coûts du cycle de vie (CCV) qui établissent le profil économique pendant la durée de vie projetée d’un bâtiment (du coût initial de construction au coût de démantèlement). Il sera ainsi possible de fournir un éclairage sur tout le cycle de vie d’un projet, à savoir s’il est plus efficient d’investir dans des solutions exemplaires du point de vue écologique comparativement aux actions conventionnelles suivant la règlementation.

Pour en apprendre plus : Le cycle de vie d’un bâtiment


Julie-Anne Chayer

Par Julie-Anne Chayer, ing., directrice relations d’affaires, Service Responsabilité d’entreprise, Groupe AGÉCO, et formatrice au Centre de formation en développement durable de l’Université Laval

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