Encore marginal au Québec, le recours à des réseaux énergétiques urbains n’en demeure pas moins une avenue intéressante.

Par Léa Méthé

La diffusion de chaleur et de froid dans plusieurs bâtiments à partir d’une production centralisée comporte de nombreux avantages pour la collectivité et les clients qui puisent à cette source. Pourquoi ? Parce qu’elle génère des économies d’échelle, d’une part, et qu’elle permet l’exploitation de sources d’énergie multiples selon leur disponibilité, leur prix et leur performance environnementale, d’autre part. 

« La combinaison permet d’optimiser le mix énergétique. On peut par exemple privilégier les sources d’énergie renouvelables comme la géothermie ou la biomasse et utiliser les combustibles fossiles en appoint. On peut également profiter des avancées technologiques en remplaçant seulement certaines composantes du système, ceci sans causer d’interruptions dans la distribution », explique Pierre Lapointe, vice-président, Développement commercial chez Cofely Services, entreprise spécialisée en gestion énergétique affiliée au groupe français GDF SUEZ. 

La présence d’un réseau énergétique urbain desservant son territoire permet à un client d’obtenir de la chaleur et du froid sans consacrer de ressources à l’installation et à l’opération d’une chaufferie dans son bâtiment. « En Europe, les responsables d’institutions publiques et d’industries vont préférer mandater des spécialistes pour fournir de la chaleur et du froid selon certains critères de performance, plutôt que de se doter de leur propre équipe à l’interne », indique Pierre Lapointe. Des centaines de villes européennes sont ainsi parcourues par des réseaux d’eau ou de vapeur, le plus grand étant celui de Paris qui dessert l’équivalent de 460 000 logements. 

Si l’option peut être attrayante côté client, la fourniture d’un nouveau service majeur d’approvisionnement en chaleur ou en froid demeure encore une proposition risquée au Québec. En effet, en plus de produire de l’énergie à un tarif compétitif par rapport à celui d’Hydro-Québec, le fournisseur doit installer et entretenir un vaste réseau de canalisations enfouies traversant des terrains publics et privés. C’est donc une infrastructure coûteuse et laborieuse à implanter, autant sur le plan technique qu’organisationnel. 

Par ailleurs, tous les développements immobiliers ne s’y prêtent pas. « Il n’y a pas d’intérêt à raccorder un quartier de bungalows, dit Pierre Lapointe. Mais un nouveau quartier d’immeubles de quatre étages et plus avec des commerces, dont la consommation est plus importante, ça réduit les coûts. » Selon un scénario élaboré par COFELY Services, un développement mixte de plus de 500 unités justifierait la mise en place d’un réseau de chaleur combinant géothermie et gaz naturel pour l’alimentation d’appoint. 

À une échelle moindre, ce sont les opportunités locales qui déterminent la pertinence d’installer un réseau de chaleur. À Causapscal, en Gaspésie, la valorisation de biomasse forestière récoltée dans la région a motivé l’installation d’un réseau qui alimente sept bâtiments à vocation municipale et communautaire. Dans le quartier St-Michel, à Montréal, le bâtiment de la Tohu exploite l’eau chaude résiduelle de la centrale de cogénération Gazmont voisine au moyen d’une boucle souterraine. 

La distribution de chaleur et de froid par le biais de réseaux urbains se veut sans contredit une proposition prometteuse d’un point de vue collectif et environnemental. Sauf dans des cas d’exception, la mobilisation des milieux  immobiliers et institutionnels nécessaire à l’implantation de telles infrastructures continue toutefois de se buter à l’obstacle presque insurmontable que constitue le faible prix de l’électricité au Québec.

Les bénéfices
  • Pour le client, le raccordement au réseau  remplace l’investissement en argent, en temps et en espace dédié à l’installation et l’entretien d’une chaufferie
  • Substitution de sources d’énergie moins « nobles » que l’électricité pour le chauffage, la climatisation et le chauffage de l’eau domestique
  • L’exploitation concurrente de plusieurs sources d’énergie permet de profiter des fluctuations du prix des combustibles, d’assurer la redondance et de répondre adéquatement à la demande en période de pointe
  • La production centralisée permet de substituer les sources d’énergie pendant la vie de service du réseau en ne remplaçant que l’unité de production de chaleur
  • La production de chaleur à grande échelle permet la valorisation des matières résiduelles comme combustibles
  • La durée de vie des composantes principales du système est de 50 ans et plus, ce qui en fait une solution intéressante à long terme et particulièrement fiable sur le plan de la distribution

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