L’analyse du cycle de vie est appelée à renforcer les exigences de LEED. Et à rendre l’industrie du bâtiment plus transparente à l’égard de la durabilité.

Par Hugo Lafrance, PA LEED BD+C

Avec l’évolution du concept de développement durable au cours des deux dernières décennies et la popularité de systèmes d’évaluation environnementale, il apparaît aujourd’hui nécessaire de préciser et de mieux comprendre les différents impacts qui se rattachent aux produits et services. En ce sens, la nouvelle édition LEED 2012 élaborée par le U.S. Green Building Council (USGBC) proposait de nouveaux crédits beaucoup plus robustes, mais sa publication s’est heurtée aux préoccupations et aux limites de l’industrie. En effet, la nouvelle version des systèmes d’évaluation LEED, rebaptisée pour l’occasion LEED v4, a été repoussée pour prolonger les consultations avec ses membres et s’assurer de son adoption ultérieure par le marché.

Un des changements majeurs que LEED 2012 apportait était l’intégration d’exigences relatives à la performance énergétique et aux déclarations environnementales de produits basées sur l’approche cycle de vie. L’analyse du cycle de vie (ACV) est d’ailleurs la méthodologie qui s’est imposée à l’international pour mieux quantifier et comprendre les impacts (dommages et problèmes) des produits et services à travers différents indicateurs. Si l’importance des impacts liés à l’environnement bâti a amené les leaders de l’industrie à s’intéresser à l’ACV depuis une dizaine d’années, elle est confrontée à son intégration de façon plus large. Nous tenterons de dresser un bref aperçu de la situation.

Le contexte

Nul doute que les nouvelles exigences de crédits de la catégorie Matériaux et ressources (MR) de l’ébauche de LEED 2012 en matière d’ACV entraîneraient des changements pour les manufacturiers et professionnels appelés à travailler sur des projets visant une certification. Ce sont d’ailleurs parmi les plus importants changements apportés au système d’évaluation depuis ses débuts il y a une douzaine d’années. Notons deux projets de crédits (traduction non officielle) qui étaient proposés pour la plupart des types de projets :

  • analyse du cycle de vie d’un bâtiment complet et de la réutilisation d’un bâtiment ;
  • et analyse du cycle de vie de produits et divulgation.

Ces deux crédits visent principalement à éviter les déplacements d’impacts d’une catégorie à une autre et se situent dans l’évolution de l’ACV, qui apporte tranquillement des subtilités à des stratégies auparavant tenues pour acquises. Ainsi, l’ACV de la réutilisation d’un bâtiment remplacerait le crédit de réutilisation d’un bâtiment existant (MRc1), alors que certaines analyses effectuées démontrent que les impacts ne sont pas toujours réduits pour les projets d’aménagement qui réutilisent un bâtiment existant. Par exemple, la conversion d’un bâtiment industriel existant en un nouveau projet résidentiel n’est pas toujours le meilleur choix et ne devrait pas être automatiquement récompensé.

De l’autre côté, l’ACV de produits et la divulgation de l’information remplacerait plusieurs crédits comme le Contenu recyclé (MRc4), les Matériaux régionaux (MRc5) et les Matériaux rapidement renouvelables (MRc6), qui ne sont pas systématiquement des stratégies garantes de la réduction des impacts environnementaux d’un projet d’aménagement. Aussi, les gestionnaires expérimentés de projets LEED savent qu’il y a des enjeux de transparence dans l’industrie qui dépassent la simple information que peuvent contenir les fiches techniques d’un ensemble de produits.

Nous pouvons donc déduire qu’il y a de sérieuses intentions de la part des « concepteurs » de LEED de se diriger vers un système d’évaluation environnementale beaucoup plus robuste et transparent. Visiblement, les USGBC et autres conseils de bâtiment durable veulent aussi maintenir  leur rôle de moteur de changement, en route vers la réalisation d’un marché du bâtiment écoresponsable. Parce que, avouons-le, il reste beaucoup de chemin à parcourir et que plusieurs compagnies ont fait le minimum d’efforts pour se conformer aux exigences minimales de LEED, sans que l’on assiste à un véritable changement de pratique et de résultats.

En quoi consiste l’ACV ?

Il est important de rappeler que c’est la série des normes ISO 14040 qui décrit la méthodologie et la déontologie que doivent suivre les études ACV. Comme toute méthodologie scientifique, la robustesse des données, l’objectivité des critères d’analyse et la vérification des analyses sont garantes de la crédibilité de l’ACV ; sur cet aspect, il devient essentiel de se référer à des experts en la matière.

L’ensemble de l’ACV repose sur deux normes internationales incontournables qui visent à uniformiser la méthodologie :

  • ISO 14040:2006, qui spécifie les principes et le cadre d’application pour la réalisation d'analyses du cycle de vie ;
  • et ISO 14044:2006, qui spécifie les exigences et fournit les lignes directrices pour la réalisation d'analyses du cycle de vie.

Ces normes comprennent également la définition des objectifs et du domaine d'application ; la phase d'inventaire du cycle de vie ; la phase d'évaluation de l'impact du cycle de vie ; la phase d'interprétation du cycle de vie ; la communication et la revue critique ; les limitations ; et la relation entre les phases de l'analyse du cycle de vie et les conditions d'utilisation des choix de valeurs et des éléments facultatifs.

Les applications

Un des aspects qui nourrit la méconnaissance de l’analyse du cycle de vie est le fait qu’elle peut prendre différentes formes et se matérialiser en différents outils stratégiques, tactiques ou informatifs pour une organisation ou une compagnie. Parmi les applications de l’approche cycle de vie, nous pouvons entres autres lister :

  • l’amélioration des impacts environnementaux d’organisations ou de produits ;
  • l’aide à l’élaboration de politiques environnementales ;
  • l’écoconception de produits et services ;
  • la publication de déclarations environnementales de produits ;
  • la communication environnementale ;
  • etc.

Ailleurs dans le monde

Le recours à l’ACV dans le domaine du bâtiment a principalement commencé en Europe dans des pays comme l’Angleterre avec le British Research Establishment (BRE), la France avec différentes initiatives comme la certification HQE, ou la base de données des fiches environnementales INIES, et l’Allemagne à travers son industrie.

Par exemple, à partir des années 2000 en France, la certification HQE (Haute Qualité Environnementale) a porté la réflexion sur le besoin d’indices de performance et d'évaluation environnementale pour bâtiments habités. Ceci a mené à la loi Grenelle 2 (2010) qui pousse le secteur du bâtiment vers les ACV, par l’entremise de nouveaux articles du Code de la construction et de l’habitation visant un étiquetage environnemental intégrant l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.

Toujours dans l’Hexagone, un projet de loi sur les déclarations environnementales des produits de construction pourrait aboutir à l'obligation d'avoir recours à l’ACV pour les intervenants voulant communiquer sur les impacts environnementaux de leurs constructions. L'ACV peut alors s’étendre sur plusieurs échelles : des produits et matériaux (fiche de déclaration environnementale et sanitaire) aux bâtiments eux-mêmes (quantification des performances environnementales), et parfois à l'échelle de lots, d'écoquartiers ou d'infrastructures.

Aux États-Unis, des organisations comme l’Environmental Protection Agency (EPA) et l’American Institute of Architects collaborent pour mieux comprendre les impacts environnementaux de la construction et promouvoir le développement de l’analyse du cycle de vie en publiant des documents sur le sujet.

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