Par Léa Méthé
La transparence des matériaux durables, un passage obligé

Répercussions environnementales, risques pour la santé humaine… L’heure est à la transparence de l’information sur les matériaux dans le milieu du bâtiment durable. Un passage obligé.

Dans la sélection de matériaux destinés à un projet de bâtiment durable, il ne suffit plus de montrer patte verte en incluant des produits réputés durables sur la base d’une seule caractéristique, au point que la transparence dans les communications environnementales se pose comme l’enjeu de l’heure. Et l’avenir appartient aux fournisseurs qui se distinguent sur tous les aspects du cycle de vie de leurs matériaux... avec preuves à l’appui !

En valorisant dans leur pointage certaines caractéristiques, les programmes de certification ont attiré avec succès l’attention des concepteurs sur les enjeux écologiques propres aux matériaux de construction : exploitation de ressources non renouvelables, ingrédients toxiques, intensité carbone de la production, pollution de l’air et de l’eau, etc.

« La compréhension des enjeux a beaucoup progressé et le discours a évolué, notamment en intégrant la notion d’analyse du cycle de vie. C’est ce qui a porté le U.S. Green Building Council à renouveler la pensée derrière les critères dans la version 4 de LEED, dit Nadia Bini, directrice du développement durable chez Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes. Les fabricants avaient réussi à s’adapter aux exigences de LEED 2009. Si on veut continuer à faire bouger les choses, il faut être évolutif. »

Le désir de comparer de manière plus globale les mérites de différents produits a mené la communauté du bâtiment durable à retenir l’analyse du cycle de vie comme méthodologie de référence. LEED v4, WELL et Living Building Challenge reposent aujourd’hui sur la présentation de déclarations standardisées et validées par des organisations indépendantes. Celles-ci portent sur l’impact environnemental, social et sanitaire d’un produit, et couvrent une portion ou l’ensemble de son cycle de vie.

« La transparence nous permet de s’éduquer, indique William Leblanc, architecte chez Coarchitecture. L’effort de divulgation est important et nécessaire. Malheureusement, on n’est pas suffisamment équipé actuellement pour intégrer l’information elle-même dans notre flux de travail. » Tous s’entendent pour dire que la démarche consiste pour l’instant à dénicher un maximum de produits assortis des documents requis, un travail ardu en soi.

De fait, dans le cas de LEED v4, le contenu de la déclaration importe moins pour l’instant que l’incitatif pour les fabricants de divulguer publiquement l’information. La transparence de l’information apparaît comme une condition préalable, et nécessaire, à la comparaison des matériaux. La stratégie de Green Business Certification, autrefois connue sous le nom de Green Building Certification Institute, est donc phasée.

« On se trouve actuellement dans la première de deux étapes de la transition, explique Hugo Lafrance, directeur de projets, Développement durable, chez Lemay. Avant de pouvoir mesurer la performance, il faut faire sortir les données. Quand on aura agrégé cette information, on pourra avoir des versions véritablement basées sur les performances. »

Hugo Lafrance, Terence Frechette, Julie-Anne Chayer, Nadia Bini, Normand Hudon et William Leblanc

LEED v4 contient déjà des incitatifs pour l’optimisation de la sélection. Les points sont accordés lorsqu’une proportion des matériaux choisis se démarque des autres produits de leur catégorie par des résultats exceptionnels sur le plan environnemental. Bonne nouvelle pour les fabricants locaux, les produits dont l’extraction, la transformation et l’achat ont lieu dans un rayon de 160 km sont considérés à 200 % de leur valeur contributive.

À l’heure actuelle, l’éditeur spécialisé Building Green estime que l’information rendue publique est insuffisante pour prétendre documenter deux des trois points en question. Ceux-ci deviendront plus accessibles à mesure qu’une masse critique de déclarations sera atteinte dans chaque catégorie de produit et que l’étalonnage deviendra possible.

Des points à l’arraché

En attendant, la campagne pour stimuler la transparence dans les communications environnementales cause une pointe d’angoisse chez les concepteurs qui se commettent pour une certification sous LEED v4. De l’avis de tous, l’obtention des crédits relatifs aux matériaux exige « plus de travail pour moins de points ». Une quinzaine de firmes d’architecture ont d’ailleurs uni leurs voix à l’occasion du colloque Matériaux de la construction durable, plus tôt cette année, pour réclamer la participation des fabricants.

Chez CGC, fournisseur de produits architecturaux, le développement durable est une préoccupation centrale, si bien que l’entreprise s’implique auprès du USGBC et a collaboré à l’élaboration des nouvelles procédures. « Les gens vont bientôt exiger ce niveau de transparence, et les compagnies qui n’embarquent pas vont manquer le bateau, affirme Terrence Frechette, représentant architectural. Pour nous, c’est un avantage d’être capable de montrer patte blanche. De plus, l’entreprise travaille continuellement sur des alternatives aux produits moins acceptables. »

Selon Normand Hudon, architecte associé chez Coarchitecture, la responsabilité sociale et environnementale est valorisée par le système financier. « Cela pousse les gros producteurs à se conformer rapidement aux nouveaux standards. » Celui-ci redoute toutefois la perspective d’avoir à passer outre les produits de fabricants locaux si ces derniers tardent à faire leurs devoirs. « Nous, précise-t-il, on est mandatés pour obtenir la certification. Le fabricant qui n’est pas en mesure de nous fournir la documentation requise dans LEED v4 met en péril cette certification. C’est la raison pour laquelle on enjoint les entreprises d’ici à emboiter le pas avec l’Initiative québécoise pour des matériaux de construction durables. »

Don Raymond, vice-président au marketing et aux ventes US chez Uniboard Canada, confirme que le processus de documentation et de vérification est laborieux. Mais le fournisseur de panneaux décoratifs en bois composite s’est engagé dans la voie de la transparence sans regarder derrière.

« Les gens sont de plus en plus désireux de connaître la composition de nos produits et leurs conditions de production, explique-t-il. Nous participons à plusieurs programmes de certification, dont la chaîne de traçabilité FSC, CARB 2 et GreenGuard, parce que ça nous permet d’offrir une solution qui convient à tous nos clients. Au plan administratif, c’est complexe, mais c’est dans notre philosophie de surpasser les règles pour être à jour et conforme à tous les coups. »

Julie-Anne Chayer, présidente du Conseil du bâtiment durable du Canada – Québec, résume ainsi le gain environnemental : « Pendant la démarche, on prend aussi connaissance de l’empreinte de notre production et des éléments qui peuvent être améliorés. La rigueur de la méthode est importante et évite le détour vers l’écoblanchiment. Au final, c’est toute l’industrie qui va s’améliorer. » À l’ère de la transparence, le courage d’assumer ce qu’on révèle se traduit en avantage commercial.

L’initiative québécoise

Lors du colloque Matériaux de la construction durable : Le défi de la transparence, le Conseil du bâtiment durable du Canada – Québec a lancé l’Initiative québécoise pour des matériaux de construction durables. « Nos membres veulent s’assurer que les fabricants sont informés des nouveaux critères d’obtention des crédits et qu’ils prennent les moyens pour produire et diffuser la documentation demandée », dit Julie-Anne Chayer, présidente de l’organisme.

Selon elle, la réalisation d’analyses du cycle de vie et la diffusion de déclarations environnementales de produits sont autant d’occasions pour les fabricants d’ici de mettre en valeur l’excellence de leurs pratiques. Puisque ces documents sont reconnus à l’international, ils peuvent également faciliter la commercialisation de leurs produits hors Québec.

« Les gens qui réaliseront ces initiatives auront une longueur d’avance et seront sélectionnés plus rapidement, dit Julie-Anne Chayer, également directrice des relations d’affaires chez Groupe Ageco. Ceux qui tardent risquent de perdre des opportunités d’affaires, mais ils renoncent surtout à approfondir la compréhension de leurs performances environnementales et l’amélioration de leurs processus. »

 

Les déclarations convoitées

La Déclaration environnementale de produit

  • La Déclaration environnementale de produit (DEP, aussi connue par son acronyme anglais EPD) est une fiche standardisée qui permet aux fabricants de quantifier les impacts environnementaux de leurs produits. Les informations qui s’y retrouvent sont basées sur les résultats d’une analyse du cycle de vie (ACV), et sont publiées dans un format normalisé afin d’assurer des communications environnementales transparentes. La DEP est réalisée, entre autres, selon des directives établies par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) et validée par une organisation indépendante.

La Déclaration sanitaire de produit

  • La déclaration sanitaire de produit (DSP, et dont l’acronyme anglais est HPD) est une fiche standardisée rapportant tous les ingrédients entrant dans la composition d’un produit, ainsi que les risques que certains peuvent poser pour la santé humaine. La démarche volontaire est guidée par le HDP Open Standard, un format qui permet de consigner l’information de manière précise, fiable et cohérente. Il s’agit pour les fabricants d’une manière de faire preuve de transparence à l’endroit de leurs clients et usagers et de signaler qu’ils ont conscience de l’impact de leur produit sur la qualité des environnements intérieurs et la santé publique.

 

La mécanique de pointage LEED v4

Le cumul de 20 DEP correspondant à des produits installés de façon permanente et provenant d’au moins cinq fabricants différents permet d’obtenir un point pour la Divulgation et optimisation des produits. Attention, toutes les déclarations ne sont pas égales : seule la déclaration spécifique du produit, dite de « Type III », conforme aux normes ISO 14025, 14 040, 14 044 et EN 15 804 ou ISO 21930 et validée par un tiers est admissible à sa pleine valeur. Les DEP génériques, réalisées à l’échelle de l’industrie, ont une valeur équivalente à un demi-produit alors qu’une évaluation critique du cycle de vie réalisée à l’interne compte pour un quart.

Pour l’obtention d’un point dans le crédit relatif au contenu des matériaux, on peut soumettre un assortiment de 20 documents exposant l’inventaire chimique du produit dont la Déclaration sanitaire de produit, les certifications Declare, Cradle to Cradle, Product Lens ou un inventaire « maison » qui détaille tous les ingrédients jusqu’à un seuil de 1000 ppm.

En ce qui concerne l’extraction des matières premières, un point est accordé pour le cumul de 20 matériaux visés par des rapports de développement durable (corporate sustainability reports) élaborés selon les formats de la Global Reporting Initiative, de l’OCDE, du Pacte mondial de l’ONU ou de la norme ISO 26000.

 

Le fruit à portée de main

Dans la nouvelle mouture de LEED, la documentation du crédit Stratégies d’amélioration de la qualité de l’air intérieur exige maintenant les résultats de tests de conformité portant sur les émanations de composés organiques volatils (COV) des matériaux. Les fabricants sont invités à réaliser ces tests en priorité afin que leurs produits puissent contribuer à l’obtention du crédit.

Dans une majorité de cas, il s’agit de réaliser une « Évaluation générale des émissions », selon la méthode normalisée V1.1-2010 du California Department of Public Health. Les déclarations de conformité du fabricant indiquent la plage de COV totaux après 14 jours. Le mobilier et le bois composite font l’objet d’évaluations spécifiques alors que les matériaux intrinsèquement sans émanations comme la pierre, la céramique, le verre et le bois non traité sont considérés comme conformes.

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