Noël Morrin - Photo : Skanska

Noel Morrin, tête dirigeante du département Sustainability and Green Support au siège social de Skanska à Stockholm, répond aux questions de voirvert.ca.

Par Marie-Ève Sirois

Depuis les années 2000, le promoteur et constructeur suédois Skanska s’est forgé une réputation de leader dans le domaine du bâtiment durable. À preuve, il a livré l’un des premiers projets certifiés Bâtiment vivant (Living Building Challenge), soit l’aile des sciences de l’école Bertschi, à Seattle. Qui plus est, chez Skanska, on évalue qu’un projet LEED Platine peut se construire au faible surcoût de 1 %. 

Son stratège vert, Noel Morrin, livre à voirvert.ca sa vision du bâtiment durable et dévoile les fondements d’une entreprise qui vise à repousser les limites de la construction écologique. 

D’où vient cette volonté de Skanska de se démarquer dans la construction durable ?

En 1997, Skanska a été associé à un incident environnemental majeur survenu dans le sud de la Suède pour le projet du tunnel d’Hallandsås. Lors de sa construction, en 1992, Skanska a eu recours à un produit chimique nommé le Rhoca-Gil, fabriqué par Rhône-Poulenc. Après la mise en place du tunnel, les fuites souterraines du produit en question ont contaminé les nappes phréatiques environnantes, empoisonné des animaux et indisposé des ouvriers. À l’époque, le pays entier en avait contre la compagnie, même que le sujet refait surface de temps à autre. Surcroît d’embarras, peu de temps après ce scandale environnemental, notre nom a une fois de plus été sali au moment du démantèlement de cartels dans le secteur de l’asphalte.

C’est ainsi qu’au début des années 2000, les dirigeants de la compagnie se sont attelés à développer une stratégie de gestion du risque beaucoup plus étoffée. Celle-ci devait incarner une vision réellement durable. De là est né le concept des cinq zéros, de même qu’un code de conduite pour tous les employés. C’est aussi à ce moment que l’entreprise a exigé de ses divisions, en guise de changement de cap rigoureux, l’adhésion immédiate à la norme environnementale IS0 14001.

Comment percevez-vous les différents systèmes de certification pour bâtiments verts ?

Les certifications LEED et BREEAM sont des tremplins pour mener l’industrie vers un statut plus durable. Par contre, ces derniers ne sont pas garants de constructions réellement durables. Néanmoins, avec les nouvelles versions, ces systèmes basés sur la conception évoluent tranquillement vers des fondements qui s’appuient davantage sur la performance, ce qui est encourageant.

Le Living Building Challenge est pour sa part assurément plus près de notre conception du bâtiment durable ; or les bâtiments ainsi certifiés se comptent encore par dizaine, ou à peine. Ce qui m’amène à vous parler de notre propre système de certification : Deep Green. Il ne va pas aussi loin que le bâtiment régénératif, mais il représente le défi que nous avons développé à l’interne pour qualifier notre performance environnementale.

Deep Green est basé sur des approches qui ont un impact significatif sur l’énergie, l’eau et le carbone. Et comme nous croyons que l’impact environnemental des infrastructures civiles est de plus grande importance que celui du bâtiment, nous avons même une version pour ce type de projet.

Ultimement, un bâtiment Deep Green vert foncé présenterait les caractéristiques suivantes : énergie primaire nette zéro, eau nette zéro, construction carboneutre, 0 matériau dangereux, 0 déchet généré et des matériaux sains et durables. Ainsi, nous visons déjà au-delà d’énergie nette zéro en considérant la source d’énergie primaire. 

Quel message souhaitez-vous transmettre aux leaders de l’industrie ?

Il est impératif de trouver des solutions intelligentes et rentables aux problèmes environnementaux qui nous assaillent. À cet effet, je perçois que les meilleurs sont souvent de petits joueurs ayant développé leur propre savoir-faire. Et en ce sens, ça m’amène à souligner que l’industrie de la construction n’est pas paralysée par les questions de propriété intellectuelle comme d’autres le sont. Ainsi, de manière générale, les technologies sont accessibles et relativement simples, il suffit de réfléchir adéquatement à leur intégration et à l’organisation du travail autour de celles-ci. Par contre, j’ajouterais une nuance : le climat est extrêmement important. À titre d’exemple, Skanska possède une expertise en climats relativement froids. En zone très chaude, nos pratiques ne seraient pas nécessairement adéquates. 

Parmi les études auxquelles vous avez contribué, quels sont les points d’intérêt sur lesquels il faut insister ?

L’effet d’une construction durable sur les humains est encore beaucoup trop méconnu. Si les clients en réalisaient l’importance, les pratiques changeraient plus rapidement. La santé, la productivité, l’absentéisme, la guérison et l’apprentissage des occupants d’une infrastructure varient à la hausse si la qualité des environnements intérieurs et extérieurs est optimisée. Nous l’avons d’ailleurs démontré dans le rapport The Business Case of Green Building, qui a été commandité par Skanska entre autres, et publié par le World Green Building Council.

À cet effet, j’aimerais donner l’exemple du bâtiment LEED Platine, que nous construisons au surcoût de 1 %. Une fois le bâtiment construit, si les coûts énergétiques représentent un dollar, alors les frais de logement sont de 10 dollars et ceux relatifs aux ressources humaines sont de 100 dollars. Si vous améliorez la productivité de vos employés de 10 %, vous épargnez 10 dollars. Si vous travaillez à l’efficacité énergétique, pour des économies de 30 %, c’est 0,30 dollar de gagné ! Voilà où je veux en venir : construire de manière plus durable, c’est très payant côté facteur humain ! 

Quelles sont les prochaines étapes en matière de développement durable pour Skanska ?

Je travaillerai sur trois fronts : l’éthique, la sécurité et le patrimoine. L’éthique d’abord, parce qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités dans cette industrie typiquement corrompue. La sécurité, parce que des gens perdent toujours la vie sur les chantiers de construction et qu’il ne faut pas baisser les bras sur cette cause. Et le patrimoine, parce qu’il faut que tous nos projets contribuent au mieux-être des communautés. Les fruits de notre travail doivent ajouter de la valeur aux communautés, c’est notre souhait. Ainsi, au Royaume-Uni, nous investissons dans la réinsertion sociale d’anciens prisonniers, que nous formons et espérons garder sur le marché du travail. En Amérique latine, nous formons nos travailleurs avec des compétences qui sont transférables pour d’autres projets ou emplois. 

De quelle façon abordez-vous les outils BIM (Building Information Modeling) dans votre compagnie ?

Le BIM est extrêmement important pour nous. C’est un outil clé qui donne une structure au projet et qui permet de mieux contrôler tous les aspects de ce dernier. Toutefois, il nous reste encore beaucoup de travail à faire pour parfaire l’utilisation de la modélisation et cela fait partie de nos priorités. Nous avons d’ailleurs un pôle de compétences en Finlande qui y travaille. Sécurité, contrôle des coûts, quantification des matériaux, calendrier d’approvisionnement, entreposage, empreinte carbone, analyse du cycle de vie, déclaration environnementale de produits et réduction des déchets sont tous des éléments que nous optimisons à l’aide du BIM.

En bref, notre approche consiste à créer des modèles architectural, structural, géotechnique, électromécanique. Puis, nous les combinons pour vérification. Suivent les analyses énergétiques, de luminosité, de flux d’air de même qu’un modèle de production, entre autres. Dans les projets de rénovation, nous utilisons aussi le BIM. 

En matière de bâtiment durable, quelle approche demeure toujours d’intérêt pour vous ?

La géothermie fait partie de plusieurs de nos projets. Nous l’utilisons à petite comme à grande échelle. Dans plusieurs cas, cette technologie est rentable tant au niveau du chauffage que du refroidissement. Les concepts sont relativement simples et les installations ne contiennent que très peu de pièces amovibles, ce qui est un gage de durabilité.

Parcours

Noel Morrin est membre honorifique de l’Académie scientifique de New York et il est aussi reconnu comme Fellow de la société britannique Royal Society of Arts (RSA). Plus récemment, en 2013, il a coprésidé un groupe de travail sur le verdissement de la chaîne d’approvisionnement du secteur du bâtiment au sein de la chaire sur les bâtiments durables et l’initiative climatique (SBCI) de l’UNEP. Les résultats de ces travaux ont fait l’objet du rapport Greening the Building Supply Chain, publié au printemps 2014.

Les 5 zéros de Skanska
  • 0 projet déficitaire
  • 0 incident environnemental
  • 0 accident de travail
  • 0 bris éthique
  • 0 défectuosité

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