Martin Roy - Photo Denis Bernier

Entretien avec Martin Roy, premier Fellow LEED au Québec, qui a depuis longtemps fait sienne la pratique du génie bioclimatique.

Par Rénald Fortier

La Tohu – la Cité des arts du cirque, le centre musical CAMMAC du lac MacDonald, le pavillon écoresponsable de l’ITA à Saint-Hyacinthe, la bibliothèque Raymond-Lévesque de Longueuil…  La liste des réalisations durables auxquelles est associé Martin Roy pourrait se décliner encore longtemps, cet ingénieur de Deux-Montagnes se consacrant entièrement au bâtiment durable depuis le tournant des années 2000. 

Celui qui aurait pu tout aussi bien devenir pianiste de jazz – il a hésité un temps entre la musique et le génie à l’adolescence – s’est imposé comme un leader non seulement dans son champ d’expertise, mais également dans tout le milieu du bâtiment écologique. En témoignent d’ailleurs les nombreuses conférences qu’il a été appelé à prononcer ces dernières années devant les membres d’associations de professionnels ou dans des universités. Tout comme les nombreux prix (ASHRAE, Contech, Énergia…) qui ont été attribués à ses réalisations. 

Il faut dire que les réalisations dont le design porte l’empreinte de la firme de génie bioclimatique, mécanique et électrique Martin Roy et associés ont ceci de particulier qu’elles s’articulent autour de l’utilisation des ressources climatiques environnantes. Issues le plus souvent d’une conception collaborative avec les architectes, elles intègrent donc des solutions tels la géothermie passive (puits canadien) ou active, le solaire passif, la ventilation naturelle, la ventilation par déplacement ou la lumière naturelle. 

C’est sans compter que Martin Roy n’hésite pas à pousser toujours plus avant sa quête de solutions novatrices, comme la ventilation naturelle et hybride par déplacement ou encore l’hydrothermie. Autant d’avancées qui contribuent plus souvent qu’autrement à projeter ses réalisations à l’avant-scène. 

Malgré le statut qu’il a acquis dans le milieu du bâtiment durable, c’est avec humilité que ce diplômé de Polytechnique, aujourd’hui âgé de 52 ans, a bien accepté de répondre aux questions de Voir vert à ses bureaux du chemin d’Oka. Un lieu empreint de ses valeurs écologiques : aire de travail ouverte sur la fenestration, étagère remplie de plantes et faisant figure de mur végétal, mobilier réutilisé dans la salle de conférences, bureau ceinturé de planches récupérées à la réception… 

Quand vous êtes-vous éveillé au bâtiment durable ?

Après avoir terminé mes études, j’ai travaillé sur beaucoup de projets d’efficacité énergétique impliquant l’intégration de contrôles centralisés, d’abord pour un entrepreneur et une firme de génie-conseil, ensuite à mon compte. Dans ce temps-là, j’assistais à des conférences internationales sur la ventilation naturelle, la ventilation hybride, etc. Et je découvrais aussi comment on pouvait utiliser des outils de modélisation très puissants. Puis au début des années 2000 est arrivé le projet de la Tohu, qui fut le premier bâtiment québécois à obtenir la certification LEED Canada. C’était une conception intégrée ; tout le monde autour de la table amenait des idées nouvelles et on les intégrait au design. C’est là que j’ai compris qu’il fallait  changer notre pratique et que c’est dans cette direction-là que je voulais aller. 

Quel souvenir conservez-vous de cette époque ?

C’était le plus beau temps du bâtiment durable ; des années d’effervescence où on s’assoyait avec le client, les architectes et autres intervenants pour faire de la vraie conception intégrée. On défrichait, on essayait plein de choses qui n’avaient jamais été réalisées avant et pour lesquelles il n’existait souvent même pas de produits sur le marché. C’est une philosophie communautaire, si je puis dire, que l’on retrouvait dans le bâtiment durable à ce moment-là. On partageait nos connaissances et on les mettait en commun. C’était aussi l’époque des débuts du Conseil du bâtiment durable du Canada. On inventait ni plus ni moins une nouvelle façon de faire le bâtiment. 

Quelle approche guide votre pratique de l’ingénierie ?

Ma préoccupation première, c’est vraiment de m’assurer que les gens soient bien dans un bâtiment et c’est là que des solutions comme l’éclairage naturel, la ventilation naturelle et le chauffage radiant, par exemple, deviennent importantes. Quand j’aborde un projet, je cherche toujours à voir comment on peut  limiter les ressources et les utiliser le plus efficacement possible. Ensuite, quand on a le meilleur programme et un bâtiment qui va consommer le moins d’énergie de façon passive, c’est de voir comment, de façon active maintenant, on va combler les autres besoins énergétiques. Chose sûre, jamais je ne ferai un bâtiment sans récupération de chaleur. 

Quelle est l’importance de l’ingénieur dans le bâtiment vert ?

Les personnes qui sont les mieux placées pour faire un changement marquant dans le bâtiment, ce sont les ingénieurs, de concert avec les architectes. J’ai pour conviction, et je vais mourir avec, que le rôle d’un ingénieur est de s’assurer que l’être humain vit dans un meilleur environnement. Quand un client dit, je veux faire un bâtiment, eh bien, la première chose à laquelle je vais penser, c’est comment je peux faire son bâtiment en tenant compte de l’environnement autour, de son environnement intérieur, de façon à avoir le moins d’impact possible. Et ça, ça veut dire un bâtiment écologique. 

Quelle place doit occuper l’innovation dans le bâtiment vert ?

L’innovation doit occuper le premier plan dans le but d’atteindre une performance environnementale optimale. Pour moi, ce n’est pas d’arriver avec une nouvelle technologie, mais de nouvelles façons de faire les choses. L’erreur que l’on voit souvent, c’est qu’on veut utiliser la technologie pour solutionner des problèmes. Mais en construction durable, tout est lié et intégré. De mettre des panneaux solaires, couplés à des thermopompes, ça peut marcher très bien. Mais si on peut avoir un mur solaire, qui est le mur sud, là on optimise la solution. 

Un bâtiment doit-il nécessairement être certifié LEED à vos yeux ?

La certification sert à baliser le travail que tu fais et à contrer le greenwashing. Jusqu’ici, LEED est la méthode la plus utilisée et elle est valable à mon avis. Alors oui, un bâtiment durable devrait toujours être certifié, au même titre qu’un produit bio. Notre firme a été associée à plus de 75 projets LEED à ce jour, dont environ la moitié a été certifiée. 

Quelle est la clé de la réussite d’un projet vert ?

La conception intégrée, j’y reviens toujours. Parce que lorsque nous sommes à table dès le départ avec l’architecte, on peut tout de suite bien comprendre son concept. Puis, nous pouvons travailler ensemble pour y intégrer des solutions bioclimatiques. Et, en bout de ligne, livrer un bâtiment qui aura le moins d’impact sur l’environnement. 

Est-ce que vous cherchez toujours à sortir des sentiers battus ?

C’est drôle à dire, mais je ne suis pas à l’aise dans ma zone de confort. Je suis très curieux et je veille à suivre l’avancement de la recherche, le développement de nouvelles solutions. Et en conception intégrée, j’essaie aussi de voir à ce que l’équipe de projet sorte de sa zone de confort en suscitant les questionnements. Parce que c’est de là que vont émerger les meilleures stratégies durables.

FELLOW LEED

En novembre 2013, Martin Roy devenait le premier Québécois à obtenir le titre prestigieux de Fellow LEED. Décerné par le U.S. Green Building Council, en collaboration avec le Green Building Certification Institute, ce titre reconnaît la contribution exceptionnelle à l’avancement de la construction durable, le leadership, l’esprit d’innovation, l’engagement et les réussites professionnelles du président de Martin Roy et associés.

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