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CHRONIQUE SUR LES ÉCOMATÉRIAUX

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Éco Entreprises Québec


La construction, la rénovation et l’entretien d’un bâtiment nécessitent l’usage d’une quantité importante de matériaux, tout en générant également beaucoup de déchets sur son cycle de vie. Dans une perspective d’économie circulaire[1], la phase de conception est une étape décisive dans la performance environnementale qui se traduit, entre autres, par l’utilisation responsable des ressources. Dans le bâtiment durable, une meilleure sélection des matériaux représente un fort potentiel de réduction aussi bien sur le plan des déchets que celui des impacts environnementaux reliés à leur fabrication, leur durabilité, leur transport (provenance), leur utilisation, et leur gestion en fin de vie. 

Dans cette optique, les programmes de certification du bâtiment durable fournissent des critères d’encadrement pour le développement des écomatériaux. Voici, dans le détail, la proposition de LEED, Living Building Challenge et WELL. 

Le programme LEED V4 (Leadership in Energy and Environmental Design) est une approche normative, vérifiée par une tierce partie indépendante, qui encadre différents types de projets : nouvelles constructions et rénovations importantes; conception et construction de l’intérieur; exploitation et entretien des bâtiments existants; aménagement des quartiers; ainsi qu’habitations. De façon générale, les écomatériaux sont pris en compte dans la catégorie « Matériaux et ressources » par les critères suivants :

  • Réduction de l'impact du cycle de vie du bâtiment – Évaluer le cycle de vie[2] de l’ensemble d’un nouveau bâtiment, pour le comparer à un bâtiment de référence, dans le but d’améliorer la performance environnementale des produits et des matériaux. Pour répondre à ce critère, le nouveau bâtiment doit atteindre une réduction minimale des impacts de 10%. 
  • Divulgation et optimisation des produits de construction – Encourager l'utilisation de produits et de matériaux pour lesquels l'information sur le cycle de vie est disponible et dont les impacts environnementaux, économiques et sociaux sont favorables, et ce, selon trois aspects distincts :
    • Déclarations environnementales : ce type d’étiquetage environnemental valide que l’amélioration des impacts a été vérifiée (déclaration environnementale de produits[3] et/ou produits certifiés par une tierce partie);
    • Approvisionnement des matières premières : cet aspect fournit l’assurance que l’extraction ou l’approvisionnement responsable a été vérifié (déclaration relative à la source et à l’extraction des matières premières et/ou leadership dans les pratiques d’extraction: REP[4], FSC[5], réutilisation des matériaux, contenu recyclé[6], etc.);
    • Ingrédients des matériaux : ce critère privilégie l'utilisation de matériaux dont les ingrédients chimiques sont répertoriés et dont la limitation de l'utilisation ou d'émission de matières dangereuses a été vérifiée.
  • Matériaux à faibles émissions – Réduire les concentrations de contaminants chimiques qui peuvent compromettre la qualité de l'air, la santé humaine, la productivité et l'environnement des catégories de produits suivants : peintures et revêtements intérieurs; adhésifs et produits d’étanchéité intérieurs; revêtements de sol; bois composites; plafonds, murs, isolation thermique et acoustique; mobilier.

Living Building Challenge (ou défi du bâtiment vivant) est un programme de certification normatif très rigoureux, basé sur la performance, qui encadre différents types de projets : nouveau bâtiment ou rénovation majeure; rénovation et réhabilitation historique; paysage ou infrastructure; ainsi que développement de quartiers. De façon générale, les écomatériaux sont pris en compte dans la catégorie « Matériaux » par les critères suivants :

  • Liste rouge – Proscrire les produits chimiques dans la construction de bâtiments : amiante, néoprène, formaldéhyde, plomb, mercure, fertilisants et pesticides pétrochimiques, PVC et bois traité avec des substances toxiques;
  • Bilan carbone intrinsèque – Quantifier et comptabiliser les émissions sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment, dans le but de favoriser, entre autres, les matériaux identifiés suite à une analyse du cycle de vie (voir encadré);
  • Industrie responsable – Privilégier les entreprises qui ont recours à des certifications, effectuées par une tierce partie, pour encadrer les pratiques durables au niveau de l’extraction des ressources et des conditions de travail équitables;
  • Approvisionnement adéquat – Encadrer l’approvisionnement local afin de stimuler une économie régionale ancrée dans des pratiques, des produits et des services durables;
  • Conservation et réutilisation – Viser la conservation des ressources naturelles par la réduction ou l‘élimination de la production de déchets aux différentes phases du cycle de vie du bâtiment (conception, construction, exploitation et fin de vie). 

WELL Building Standard est une certification du bâtiment durable centrée sur la santé humaine et le bien-être des occupants qui encadre différents types de projets : nouveaux bâtiments et bâtiments existants; nouveaux intérieurs et intérieurs existants; ainsi que noyau et enveloppe du bâtiment. De façon générale, les écomatériaux sont pris en compte dans les catégories « Air » et « Mind » par les critères suivants :

  • Réduction des COV – Réduire les concentrations de COV[7] (incluant le benzène, le formaldéhyde et autres composés chimiques) qui peuvent compromettre la qualité de l'air et la santé humaine (peintures et recouvrements intérieurs; adhésifs et produits d’étanchéité intérieurs; revêtements de sol; isolation thermique et acoustique; mobilier et ameublement);
  • Réduction des matériaux toxiques – Restreindre l’utilisation de matériaux qui comportent les produits chimiques suivants à l’intérieur du bâtiment : urée-formaldéhyde, PVC, polyuréthane à base d'isocyanate, etc.
  • Sécurité améliorée des matériaux – Dans une approche de précaution, privilégier les matériaux qui n’ont pas d’impacts sur la santé humaine (avec une de ces certifications suivantes : Declare, Cradle to Cradle Material Health, ou GreenScreen benchmark) aux matériaux potentiellement dangereux;
  • Transparence des matériaux – Promouvoir la transparence sur le plan de la composition des matériaux, et ce, tout au long de la chaîne d'approvisionnement. 

En conclusion, les critères proposés par les différents programmes de certification, qui s’attardent l’encadrement de la toxicité, des émissions nocives, et de la transparence face aux matériaux, fournissent des lignes directrices pour le développement des écomatériaux. Ultimement, ces derniers pourront contribuer à l’économie circulaire en contribuant à améliorer la performance environnementale du bâtiment durable.

 

Analyse du cycle de vie (ACV)

À l’échelle du produit, du procédé ou du service, l’analyse du cycle de vie (ACV) est une méthode qui permet une analyse systématique et exhaustive, normalisée par les Normes ISO 14040, du niveau d’impact environnemental de chacune des étapes du cycle de vie : l’acquisition des ressources (extraction et transformation), la fabrication (assemblage et emballage), la distribution (entreposage, manutention et transport), l’utilisation (entretien, réparation et réutilisation) et la gestion en fin de vie (collecte, recyclage, revalorisation et enfouissement). 

Cet outil est avant tout employé pour comparer les charges environnementales de différents produits, processus et systèmes entre eux, ainsi que les différentes étapes du cycle de vie d’un même produit. Il permet de noter les points sur lesquels un produit peut être amélioré et il contribue au développement de nouveaux produits par l’écoconception. L’ACV est particulièrement intéressante puisqu’elle permet de reconnaître et d’éviter le déplacement des impacts. Par rapport à d’autres méthodes, elle présente l’avantage d’engendrer une forte interaction entre la performance environnementale et la fonctionnalité

 


Mario Patenaude

Par Mario Patenaude
Ph. D. en aménagement
Éco Entreprises Québec


Éco Entreprises Québec (ÉEQ) est un organisme à but non lucratif privé représentant les entreprises qui mettent sur le marché québécois des contenants, des emballages et des imprimés dans leur responsabilité de financer les coûts des services municipaux de collecte sélective efficaces et performants. À titre d’expert, ÉEQ optimise la chaîne de valeur de la collecte sélective et met en place des approches innovantes, dans une perspective de développement durable et d’économie circulaire.


 

[1] L’économie circulaire se définit comme « un système de production, d’échange et de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et en contribuant au bien-être des individus et des collectivités » (source : Institut EDDEC). 

[2] L’évaluation du cycle de vie signifie de faire le portrait complet des impacts environnementaux engendrés aux étapes d’extraction des ressources, de fabrication, de distribution (transport et manutention), d’utilisation et de fin de vie.

[3] Déclaration environnementale de produit (DEP) : Étiquetage environnemental, normalisé par les Normes ISO 14025 et basé sur l’analyse du cycle de vie, qui fournit une fiche synthèse des impactsenvironnementaux d’un matériau ou d’un produit. Par la comparaison, cet outil informatif permet aux professionnels de la construction de faire des choix éclairés dans les projets de bâtiments durables.

[4] REP : le concept de responsabilité élargie des producteurs rend le fabricant responsable de la gestion en fin de vie des produits, contenants et emballages qu’il génère.

[5] FSC : la certification FSC (Forest Stewardship Council) vise la protection des forêts, de la faune, des droits des peuples autochtones et des droits des communautés et des travailleurs en encadrant les pratiques d’aménagement et de gestion des forêts, mais aussi la traçabilité des produits du bois.

[6] Le contenu recyclé peut être issu de la phase de préconsommation (rejets industriels) et/ou postconsommation (matières issues de la collecte sélective).

[7] Composés organiques volatils (COV) : substances se transformant en gaz à la température ambiante et qui contribuent à la pollution de l’air.

 

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