Centre de formation en développement durable
CHRONIQUE SUR LE DÉVELOPPEMENT
ET LE BÂTIMENT DURABLE

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Les pratiques de l’architecture et de l’ingénierie n’en finissent plus de se transformer. Au tournant du siècle, la prise de conscience de l’impact de la transformation du cadre bâti sur l’environnement et sur la santé et le bien-être des occupants ont conduit à l’émergence de la construction dite écoresponsable, rapidement balisée par des programmes de certification dont l’application est devenue pratique courante dans la majorité des grands projets. C’est maintenant au tour de la démarche de conception de connaître une véritable révolution, dont l’impact sur l’industrie de la construction ne saurait être sous-estimé. Nous parlons bien sûr du processus de conception intégrée (PCI) et de son environnement technologique, le Building Information Modeling (BIM).

Le PCI peut être grossièrement défini comme une démarche collaborative et interdisciplinaire à laquelle participent, à chacune des étapes de conception, tous les acteurs du projet dans une recherche consensuelle de solutions optimales, innovantes et durables qui couvrent le cycle de vie du bâtiment. Ce qui est à la fois remarquable et facilement explicable, c’est le lien symbiotique qu’entretiennent le PCI et la construction écoresponsable.

Le PCI, par la contribution simultanée et synergétique des intervenants, favorise et même impose la prise en compte des principes de développement durable, tant dans la façon dont le bâtiment sera produit (mise en œuvre et gestion du chantier) et opéré (mise en service et exploitation) que dans le choix et la définition de ses caractéristiques physiques et fonctionnelles (espaces, systèmes, matériaux). En fait, le PCI, dans sa forme actuelle, est issu en grande partie de la nécessité de briser les paradigmes de la réflexion en vase clos et de la conception linéaire pour réussir à développer des solutions intégrées et durables issues de décisions consensuelles du bâtiment.

L’avènement du PCI modifie sensiblement les règles du jeu et appelle à des changements profonds dans les rapports entre les parties prenantes. Il interpelle particulièrement les donneurs d’ouvrage publics, puisque ceux-ci sont soumis à un cadre réglementaire dont la rigidité peut constituer un frein à l’introduction d’approches innovantes. Par contre, une fois cet obstacle surmonté, le nombre et l’envergure des contrats générés par leur carnet de commandes leur confèrent un pouvoir d’influence considérable sur les autres acteurs de la chaîne de production.

La Société québécoise des infrastructures (SQI), gestionnaire des projets du gouvernement du Québec, est le troisième plus important donneur d’ouvrage de la province. Elle entend contribuer significativement au déploiement du PCI, qu’elle considère être un outil indispensable pour réaliser des immeubles de qualité, performants sur les plans fonctionnel, économique et environnemental. De plus, cette démarche de conception s’inscrit naturellement dans son approche de construction écoresponsable.

En effet, la SQI a reconduit dans son plan d’action de développement durable 2016-2020 l’obligation de viser l’obtention de la certification LEED pour tous ses projets de 5 millions et plus. Or, dans sa nouvelle version 4, le programme LEED exige l’application du PCI comme préalable dans les projets d’établissements de santé et accorde un point de crédit aux autres projets pour l’emploi du PCI.

La SQI a été au Québec le premier donneur d’ouvrage public à incorporer LEED dans la réalisation de ses projets de construction. Elle sait donc pertinemment que tout comme l’implantation du programme LEED, celle du PCI imposera pour les parties prenantes un véritable apprentissage. L’abandon d’un mode de conception linéaire au profit d’une approche de contributions simultanées et de recherche de consensus implique de surmonter plusieurs paradigmes, notamment en ce qui concerne les rôles et les responsabilités des participants. Ce nécessaire apprentissage peut être facilité et accéléré par des séances de formation permettant aux intervenants de se familiariser avec les particularités du mode PCI à travers des études de cas, des conférences interactives et des simulations.

C’est dans cette optique qu’en 2012, la SQI a établi avec l’Université Laval un partenariat qui a mené à la création du Centre de formation en développement durable (CFDD). À travers cinq modules de formation intensive, le Centre offre aux professionnels de la construction un parcours d’apprentissage unique qui fusionne conception durable et PCI.

La SQI participe également de façon très active à la table multisectorielle PCI-BIM mise sur pied par le GRIDD1 de l’École de technologie supérieure. Réunissant des représentants de l’ensemble des secteurs de l’industrie du bâtiment, cette plate-forme d’échanges vise à promouvoir la nouvelle approche de conception (PCI) et son environnement technologique (BIM), ainsi qu’à déterminer les meilleures conditions d’implantation et à cerner les impacts qui en découleront. Ceux-ci seront considérables. Ils impliqueront des ajustements significatifs aux mandats et aux contrats des intervenants externes, ainsi qu’aux modes de transmission et de stockage de la documentation technique. Plus largement, l’avènement de la conception intégrée et du BIM devra s’accompagner d’un changement de culture qui mettra de l’avant la créativité, l’ouverture d’esprit, le respect et la volonté de faire œuvre commune.

Bien qu’il doive encore faire face à certaines contraintes réglementaires et légales, le déploiement du PCI à l’ensemble du domaine des bâtiments industriels, commerciaux et institutionnels apparaît inéluctable. Confrontés à la nécessité de livrer des projets de plus en plus performants dans un contexte de ressources limitées, les donneurs d’ouvrage publics doivent, quant à eux, donner le ton et faire preuve d’exemplarité pour promouvoir l’innovation et bénéficier ainsi d’une hausse de la productivité de l’industrie de la construction. Pour sa part, la SQI entend vigoureusement s’investir dans la démarche du PCI et du BIM et développer à cet égard une expertise solide qui viendra renforcer son leadership en gestion de projets publics.

 


Bernard Sicotte

Par Bernard Sicotte, architecte, directeur, Direction de la planification stratégique, Société québécoise des infrastructures, et membre du comité directeur du Centre de formation en développement durable de l’Université Laval

 


1. Groupe de recherche en intégration et développement durable en environnement bâti

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