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CHRONIQUE SUR LA GESTION IMMOBILIÈRE

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Faire échec au gaspillage de l’eau potable dans les établissements de santé s’impose plus que jamais au Québec. 

Les gestionnaires de la plupart des hôpitaux et des centres d’hébergement québécois n’ont aucune idée du volume d’eau consommé par leurs établissements parce que très peu d’entre eux disposent de compteurs. Des quantités considérables d’eau potable seraient tout simplement perdues, selon un audit rendu public dernièrement. Et comparativement aux statistiques d’usage de l’eau provenant des États-Unis ou de certains pays d’Europe, les données contenues dans le rapport sont à faire pâlir. 

« Il faut faire quelque chose, c’est quasiment dramatique », lance d’entrée de jeu Annie Duret, technicienne en assainissement de l’eau. Et elle est bien placée pour en parler : elle a piloté une enquête réalisée en milieu institutionnel par le Centre des technologies de l’eau (CTE) pour le compte du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire. 

Ainsi, entre 2011 et 2014, cet organisme de recherche affilié au Cégep de Saint-Laurent a mesuré la consommation de 50 établissements publics, dont des centres de détention, des écoles, des centres jeunesse et une vingtaine de bâtiments de santé. 

Opérationnels sept jours sur sept, 24 heures sur 24, ces derniers sont tout naturellement de par leur vocation de plus grands consommateurs. Il reste que le constat est troublant à la lumière de comparaisons. L’audit indique que les huit hôpitaux évalués utilisent en moyenne de 421 à 4 666 litres d’eau par lit par jour. Les hôpitaux américains sont légèrement plus économes avec une consommation de 713 et 3 090 litres par lit par jour. En France c’est autre chose : on n’y dépasse pas 800 litres d’eau par lit par jour.  

Annie Duret observe que l’Ontario aussi fait mieux. « Nous sommes les pires gaspilleurs », dit-elle, en soulignant que si le CTE ne s’est penché que sur quelques cas, il n’est pas déraisonnable de supposer que la situation est généralisée. « Nous ne la payons pas notre eau, alors nous ne comptons pas. Nous aimons que ça coule. Quand le débit est moins fort, nous lavons plus longtemps.» 

Désuétude et inefficacité

Autre chiffre inquiétant : dans certains établissements, plus 70 % de l’eau sert à refroidir des équipements ou à alimenter des dispositifs qui fonctionnent en continu comme les urinoirs, quand elle n’est pas directement rejetée dans les égouts en raison de fuites. Ce « débit plancher » – la quantité d’eau consommée indépendamment des activités des usagers de l’immeuble – représente un important potentiel d’économie. « Les compresseurs sont particulièrement problématiques », note Annie Duret. 

L’Hôpital Pierre Boucher, à Longueuil, comptait parmi les établissements étudiés par le CTE.  Avec une consommation annuelle extrapolée de 1 260 litres par lit par jour et un débit plancher de 15,6 %, l’établissement de soins généraux et spécialisés de 323 lits fait certes meilleure figure que d’autres hôpitaux québécois, mais la direction reconnaît qu’il peut être encore plus performant. 

« Nous avons commencé à remplacer des équipements vétustes refroidis à l’eau, comme des chambres froides, par des équipements refroidis à l’air, explique le directeur adjoint des services techniques, Marc Poudrier. Et dorénavant, dans nos sélections de projets de rénovation, nous nous assurons de répondre aux normes suggérées. » 

Manque d’incitatifs

Il n’est pas question cependant de se procurer de nouvelles technologies si les équipements plus âgés n’ont pas encore atteint la fin de leur vie utile. En l’absence « de subventions précises pour des mesures d’économie de l’eau, nous devons puiser dans nos enveloppes régulières de maintien des actifs », indique Marc Poudrier.  

Les budgets sont trop restreints pour remplacer les toilettes défectueuses, par exemple, même si elles ont le potentiel de gaspiller des dizaines de litres d’eau quotidiennement. Et comme un compresseur peut coûter « une bonne centaine de milliers de dollars, les établissements vont prioriser », dit Annie Duret 

« C’est la même chose dans les écoles, poursuit la technicienne en assainissement de l’eau. Si elles ont un peu d’argent, elles vont acheter de nouveaux livres, de nouveaux ordinateurs et si j’étais gestionnaire c’est probablement ce que je ferais aussi. » 

Par ailleurs, étant donné que ce sont les municipalités qui défraient les coûts de traitement des eaux, les établissements ne sont pas pressés d’agir. Sauf que l’obtention de la certification environnementale BOMA BEST Santé, développée dans les derniers mois, pourrait être source de motivation pour investir dans le développement durable, croit-elle.  

L’Hôpital Pierre-Boucher, maintenant certifié niveau 3 - Or, a contribué à l’élaboration du questionnaire du module dans le cadre d’un projet pilote auquel ont aussi participé l’Hôpital général de Montréal et l’Hôpital de Montréal pour enfants. En plus de la reconnaissance qu’il symbolise, Marc Poudrier voit de nets avantages à décrocher le label, notamment de disposer de données comparatives pour juger du rendement et de pistes de solution pour l’améliorer. 

« Nous trouvions que nos indicateurs étaient bons par rapport à ceux d’hôpitaux similaires dans la province, mais par rapport aux hôpitaux du reste du Canada, ils l’étaient moins, raconte-t-il. Ça nous montre qu’il y a encore du progrès à faire. » 

Module Santé

BOMA Canada a élargi la portée de son programme BOMA BEST pour tenir compte des particularités avec lesquelles doivent composer les établissements de soins de santé et soutenir leurs efforts visant à réduire l’impact environnemental de leurs installations. 

C’est ainsi que son module Santé, qui reconnait la complexité de la définition des immeubles, met l’accent sur la collaboration et les pratiques de gestion intégrée ainsi que sur l’amélioration continue. Il peut être instauré graduellement, un bâtiment ou une aile à la fois. 

Six domaines d’analyse de la gestion de la performance environnementale sont visés : énergie ; environnement intérieur ; réduction des déchets et amélioration du site ; système de gestion environnemental ; consommation d’eau ; émissions et effluents. 


Par Marie-Claude Cabana, directrice des communications de BOMA Québec

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