Par Marie-Ève Sirois
Modélisation de l’édifice Wilder Espace Danse - Image : Lapointe Magne + Ædifica / SNC-Lavalin + BPA / SDK + NCK

La SQI et la Ville de Québec sont en voie d’imprimer leur leadership sur le déploiement de la construction numérique en sol québécois. Zoom sur une modélisation du changement s’inscrivant dans une perspective durable.

 

Les sigles BIM (Building Information Modelling) et PCI (Processus de conception intégrée) se retrouvent sur toutes les lèvres ces temps-ci au Québec. Et cela n’est pas étranger au fait que deux grands donneurs d’ouvrage ont décidé de se mouiller et d’innover. Voir vert a rencontré Louis Tremblay, responsable BIM à la Ville de Québec, et Guy Paquin, ingénieur, directeur général de la Direction générale des stratégies et des projets spéciaux à la Société québécoise des infrastructures (SQI). Leurs parcours sont empreints du désir d’œuvrer dans un environnement où la qualité du travail accompli et l’efficience prédominent.

Image de BIM One

Le changement s’avère inévitable, et l’industrie québécoise de la construction se voit appelée à se moderniser en adhérant à des pratiques d’affaires collaboratives et numériques. De là ressortent des bénéfices si alléchants qu’il serait coûteux de s’en passer. Or, ces pratiques influencent l’organisation du travail, les technologies implantées et les processus établis. Pour tous, le défi est considérable.

 

Virage à 180 degrés à Québec

À la Ville de Québec, toutes les nouvelles constructions font maintenant l’objet d’une maquette numérique. Deux centres communautaires sont actuellement en construction. Un centre de glace et un édifice de bureaux sont en conception, puis deux autres pavillons de parc suivront. En parallèle, le grand projet de l’usine de biométhanisation se fait lui aussi en mode BIM.

Pour comprendre l’évolution du BIM à la Ville de Québec, il faut remonter à la construction du nouvel amphithéâtre en 2014, un projet briguant une certification LEED. « À l’origine, raconte Louis Tremblay, le leadership relatif au BIM s’est concrétisé par l’implication de deux acteurs clés dans le projet. Pierre Pomerleau (Pomerleau) et Daniel Forgues (ÉTS) ont proposé à la Ville de s’inspirer des pratiques d’affaires de la construction numérique. Il fallait s’outiller pour respecter le budget et l’échéancier. » La Ville a acquiescé et octroyé un mandat pour la création d’une maquette BIM pour construction, à partir des plans 2D produits par les professionnels.

De fait, le projet a été réalisé à l’intérieur du cadre établi. La mairie et le Service de gestion des immeubles ont alors souhaité poursuivre sur cette lancée avant-gardiste. Un virage à 180 degrés s’est opéré rapidement. Louis Tremblay explique : « Nous étions en septembre 2016. En l’espace de quelques mois, les appels d’offres ont été adaptés pour exiger des maquettes BIM pour conception. La Ville s’est ensuite dotée de professionnels de gestion BIM pour accompagner les équipes de projet et faciliter la navigation dans la maquette lors des réunions. »

 

Déploiement progressif

Du côté de la SQI, l’exploration du BIM et du PCI a commencé il y a près d’une décennie. « Entre 2009 et 2014, nous faisions déjà quelques projets s’articulant autour de l’une ou l’autre de ces nouvelles approches, indique Guy Paquin. Après avoir fait un bilan, nous avons notamment constaté qu’avec des exigences minimales et un encadrement très faible, les bénéfices n’étaient pas au rendez-vous. En 2014, nous avons donc décidé de déployer dans une approche corporative, et de manière structurée, ces nouvelles façons de faire en vue d’en tirer des bénéfices significatifs mesurables. »

Des dossiers d’opportunité et d’affaires présentant toutes les facettes du projet de déploiement du BIM et du PCI dans les projets d’infrastructures de la SQI ont ainsi successivement été élaborés. Ceux-ci, incluant aussi une stratégie globale, ont ensuite été présentés à la haute direction, puis approuvés en 2016.

La feuille de route du déploiement prévoyait alors que tous les projets de plus de 5 millions de dollars utilisent le PCI, d’une part, et que le BIM-PCI soit mis en œuvre dans 15 projets de plus de 50 millions de dollars, d’autre part. Ainsi, depuis 2016, tous les projets majeurs de la SQI sont filtrés à l’aide de deux grilles d’analyse – l’une pour le PCI, l’autre pour le BIM – permettant de sélectionner ceux qui répondent le mieux aux facteurs de succès.

« D’ici 2021, indique Guy Paquin, la SQI prévoit recourir au BIM-PCI dans une trentaine de projets majeurs (plus de 50 M$). En 2023, selon la nouvelle feuille de route qui sera élaborée, il est probable que tous les projets soient réalisés de cette façon. »

Il note que l’approche est graduelle parce que les défis sont de taille et qu’ils interpellent toute l’industrie de la construction au Québec. « Les pratiques d’affaires des prestataires de services gagneront en maturité avec le temps. Mais pour l’instant, précise-t-il, nous devons tous gérer le changement, notamment en adoptant une approche collaborative. »

En ce sens, les modes de réalisation ont aussi un impact sur le niveau de collaboration et constituent, selon le cas, plus ou moins des barrières contractuelles et un frein à la collaboration. Guy Paquin préconise autant que possible le mode de réalisation conception-construction avec des équipes multidisciplinaires complètes dès le début du projet. Dans une telle structure, où le client et l’exploitant sont aussi engagés dans une approche de PCI tout au long du projet, ce dernier est mieux desservi.

 

Uniformisation des pratiques

L’uniformisation des pratiques d’affaires est un enjeu de taille. Pour utiliser les outils technologiques à plein escient, l’approche de chaque intervenant doit être systématisée et encadrée. À cet effet, Louis Tremblay et son équipe de consultants ont notamment travaillé à la cartographie des processus, afin de bien cerner les flux d’informations dans son organisation. De là découle des actions ciblées qui permettent d’opérationnaliser le changement amorcé.

Tant du côté de la Ville que de la SQI on souhaite que les données générées aux diverses étapes de modélisation soient exploitées de façon optimale sur toute la durée de vie de l’infrastructure. « Notre objectif ultime, indique Louis Tremblay, c’est d’exploiter les données tabulaires des maquettes, pour l’opération, l’entretien et la gestion d’actifs dans une perspective durable. »

Bénéfices attendus

Au chantier

  • Réduction des coûts (3-10 %) et de la durée des projets de construction 
  • Réduction des demandes d’information, des ordres de changement et des avenants (jusqu’à 90 %) 
  • Augmentation de la productivité en chantier (6-28 %)

Source : ÉTS

Dans les bâtiments

  • Qualité d’exécution qui découle d’une conception éprouvée
  • Considération de l’ensemble du cycle de vie du bâtiment
  • Accès numérique aux paramètres techniques du bâtiment
  • Intégration des besoins et exigences de diverses parties prenantes : propriétaires, usagers, opérateurs, responsables de l’entretien, responsables de la gestion d’actif
  • Augmentation de la traçabilité des composantes des bâtiments

Cycle de vie

  • Économie de coûts de 13-21 % aux étapes de conception et de construction
  • Économie de coûts de 10-17 % durant l’exploitation du bâtiment
  • Augmentation de la compétitivité de l’industrie de la construction québécoise
  • Utilisation optimale des fonds publics
  • Mieux-être des clientèles et usagers de bâtiments

Source : The Boston Consulting Group

Attentes envers les fournisseurs
  • Montrer de l’ouverture à l’égard des outils technologiques
  • Adopter et intégrer une approche de travail collaborative
  • Former son personnel sur les sujets suivants :
    • Gestion du changement
    • Contrats de performance
    • Mode de réalisation conception-construction
    • Outils technologiques
    • Processus de gestion LEAN
    • Optimisation des processus
    • Processus de conception intégrée
Construction 4.0

L’Initiative québécoise pour la Construction 4.0 (IQC4.0) est une initiative unique au monde qui vise à accompagner l’industrie de la construction et le secteur de l’environnement bâti québécois dans leur transition numérique, notamment dans le déploiement à grande échelle de la modélisation des données du bâtiment (MDB ou plus communément Building Information Modeling – BIM).

L’IQC4.0 a été lancée par le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) et est mise en œuvre par le Groupe BIM du Québec (GBQ). À terme, la Construction 4.0, ce sera près de 400 entreprises dotées d’un plan de déploiement du BIM, plus de 12 locomotives numériques ciblant les donneurs d’ouvrage publics afin d’accroitre et d’harmoniser la demande pour la réalisation de projets numériques ainsi qu’un cadre de transformation numérique du secteur de l’environnement bâti québécois harmonisé.

Ces actions de virage numérique du secteur sont entreprises dans le but d’améliorer sa performance, d’accroitre sa productivité, de faire rayonner et augmenter sa compétitivité ainsi que d’assurer sa pérénnité et sa durabilité. Pour plus d’informations visitez le www.constructionnumerique.ca.

Source : GBQ

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