Par Rénald Fortier
Association de l’aluminium du Canada

Penser aluminium : voilà un réflexe que sont appelés à bien aiguiser les concepteurs québécois du milieu du bâtiment. À plus forte raison dans le cas de projets logeant à l’enseigne du développement durable.

Deux. C’est à peu de choses près le nombre de tonnes d’équivalents CO2 émises lors de la production d’une tonne d’aluminium québécois à l’électrolyse, ce qui confère à celui-ci la plus faible empreinte carbone dans le monde pour ce type de matériau. D’une part, parce qu’au Québec il est produit à partir de l’énergie hydroélectrique ; d’autre part, parce que les alumineries s’activant dans notre province, où se concentre 90 % de la production canadienne, veillent sans relâche à réduire leur impact environnemental.

De là à penser que l’aluminium québécois figure parmi les matériaux tout désignés pour concevoir des immeubles dans une perspective durable, il n’y a donc qu’un pas que l’on peut franchir sans hésiter. Pourtant, force est de constater que l’aluminium demeure en général encore trop souvent sous-utilisé dans les bâtiments au Québec, tant dans les constructions durables que conventionnelles.

Cette sous-utilisation de l’aluminium dans le milieu du bâtiment s’explique principalement par une certaine méconnaissance de ses propriétés intrinsèques, notamment ses vertus écologiques, et des possibilités qu’il offre pour sortir des sentiers battus sur le plan du design. C’est sans compter la perception selon laquelle il en coûte toujours plus cher de recourir à ce matériau.

 

David Prud’homme,  Jean Simard, Julie-Anne Chayer, Marie Lapointe et Jacques Tremblay

Voilà pourquoi AluQuébec s’apprête à déployer son chantier Bâtiment et construction, une démarche qui vise à optimiser l’intégration de l’aluminium dans le design des immeubles institutionnels, commerciaux et résidentiels en sol québécois. Et qui s’ajoutera aux trois autres chantiers, dont l’un couvre les infrastructures et les ouvrages d’art, qu’a déjà entrepris de mener cette grappe industrielle.

Acteur central de la mise en œuvre de la Stratégie québécoise de développement de l’aluminium 2015-2025 (SQDA), AluQuébec vise à doubler la seconde transformation du métal gris dans la province sur un horizon de 10 ans. C’est ainsi qu’il voit, depuis l’automne 2013, à favoriser la synergie et l’arrimage entre les utilisateurs finaux et les acteurs de la chaîne industrielle de l’aluminium, et ce, en misant sur la formation, l’innovation et le développement technologique.

Dans la foulée de son chantier Bâtiment et construction, AluQuébec veillera notamment à documenter l’ensemble des produits et des matériaux en aluminium disponibles dans le secteur. Il verra également à promouvoir les avantages liés à l’utilisation de ce matériau auprès des professionnels de l’architecture, du design et de l’ingénierie.

« C’est un chantier qui contribuera à la création d’emplois et de richesse au Québec au cours des prochaines années, affirme Marie Lapointe, présidente-directrice générale d’AluQuébec. Le secteur du bâtiment offre des possibilités d’intégration extraordinaires pour les produits et systèmes en aluminium. Ils y trouvent déjà leur place, certes, mais on peut encore largement y accroître leur utilisation par les concepteurs de projets, autant dans des applications existantes que nouvelles. » 

Créneau durable

Pour Marie Lapointe, il ne fait aucun doute que l’essor du bâtiment durable en sol québécois favorisera un recours accru à l’aluminium, puisque la faible empreinte carbone du matériau le positionne fort avantageusement dans ce créneau, notamment à l’égard de la certification LEED. Même qu’il s’agit d’un matériau de choix pour les concepteurs de projet visant les niveaux de certification les plus élevés de ce système d’évaluation environnementale des bâtiments.

Directrice, Relations d’affaires – Responsabilité d’entreprise chez Groupe Ageco, Julie-Anne Chayer observe de son côté qu’il y a de plus en plus d’initiatives qui démontrent la performance de l’aluminium au niveau de l’utilisation dans le bâtiment durable. « L’apparition des déclarations environnementales de produit (DEP) fait désormais en sorte que le positionnement des matériaux est aujourd’hui vu sous un nouvel angle.

« Auparavant, précise-t-elle, on prenait surtout en compte des aspects comme le contenu recyclé. Là, on parle davantage de bilan carbone, et c’est sûr que dans toute cette mouvance, il y a l’aluminium qui apparaît. Dès 2014, par exemple, Rio Tinto Alcan avait déjà commencé à se positionner par rapport à LEED v4 avant même que cette nouvelle version du système d’évaluation soit publiée. »

Optimiser l’intégration de l’aluminium dans le bâtiment - Photo de Association de l’aluminium du Canada

Elle note que cinq DEP ont été développées pour l’aluminium primaire en Amérique du Nord, dernièrement, par The Aluminum Association. Et que bien qu’elles ne se rapportent pas à des produits finis, elles permettent d’obtenir de l’information utile. « Dans la mesure où on a la capacité de démontrer que cet aluminium a été utilisé dans le produit fini, explique cette spécialiste de l’analyse du cycle de vie, il est possible éventuellement d’obtenir des crédits LEED. »

Marie Lapointe fait remarquer que l’aluminium est bien placé pour s’inviter dans les bâtiments durables, donc le plus souvent dans des projets novateurs, parce qu’il permet aussi aux concepteurs de signer des réalisations des plus avant-gardistes. Comme il est très léger et très flexible, il permet d’extruder des formes audacieuses sur le plan du design.

« L’aluminium est présent dans de nombreux édifices futuristes dans le monde, souligne-t-elle. Au Royaume-Uni, par exemple, il occupe une large place dans tous grands bâtiments durables phares. Le Québec se doit maintenant d’emboîter le pas, surtout que l’on y produit l’aluminium le plus vert sur la planète. »

Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, est bien d’accord : « Mis à part dans les très grands bâtiments, nous n’avons pas vraiment développé le réflexe aluminium au Québec, observe-t-il. Nous avons pourtant le génie pour faire de belles et de grandes réalisations avec ce matériau. »

S’il remarque que de plus en plus d’architectes tendent à recourir à l’aluminium, il estime néanmoins qu’il est grand temps pour les professionnels du bâtiment de jouer d’audace avec ce matériau pour concevoir des réalisations durables qui sortent de l’ordinaire.

Durabilité intégrée 

Selon la PDG d’AluQuébec, l’aluminium québécois et le bâtiment écologique vont d’autant plus de pair lorsque l’on considère l’intégration du matériau sur l’ensemble de son cycle de vie. Parce qu’il s’agit d’un matériau qui résiste à la corrosion, requiert peu d’entretien et contribue à la pérennité des bâtiments.

C’est pourquoi il importe, souligne-t-elle, de prendre en compte l’utilisation de l’aluminium dans une perspective de coût total de possession, soit l’ensemble des coûts liés au matériau sur l’ensemble de sa vie utile : construction, entretien, démantèlement, gestion des rebuts, etc.

« En ne se basant pas uniquement sur le coût d’acquisition, avance-t-elle, les donneurs d’ouvrage et les professionnels du bâtiment vont pouvoir constater que l’utilisation de l’aluminium ne coûte pas plus cher, car c’est un matériau qui dure très longtemps. En outre, comme il peut être recyclé à l’infini, un produit en aluminium ne prendra assurément pas le chemin de l’enfouissement en fin de vie utile et pourra donc être valorisé. »

Jean Simard précise que les trois quarts de l’aluminium produit sur la planète depuis les débuts, soit 1888, se trouvent toujours en utilisation. Et que sur les trois grands silos d’aluminium dans le monde, le plus important est celui que constitue le bâtiment – suivi du transport et de l’emballage. C’est aussi celui qui affiche le taux de récupération le plus élevé, soit 98 %, mais il faut au moins de 70 ans pour avoir accès à l’aluminium démantelé.

« L’aluminium s’avère aussi un puits d’énergie renouvelable, ajoute-t-il. Le principe est qu’à chaque fois qu’on refond une tonne d’aluminium produite initialement dans un procédé d’électrolyse, on a seulement besoin de 5 % de l’équivalent des unités d’énergie qui ont été requises pour faire la première production. Donc on évite de dépenser environ 95 % des unités d’énergie nécessaires au départ et, du même coup, on évite 95 % d’émissions de gaz à effet de serre associées. »

Projets de démonstration

En vue d’optimiser l’intégration de l’aluminium dans les bâtiments, AluQuébec travaille en collaboration avec la Société québécoise des infrastructures (SQI), qui gère le parc immobilier gouvernemental, et la Société d’habitation du Québec (SHQ), principal organisme responsable de l’habitation sur le territoire québécois.

Il faut savoir que le gouvernement du Québec, par l’entremise de la SQDA 2015-2025, a réservé une enveloppe de quatre millions de dollars pour soutenir les partenaires de la SQI et de la SHQ souhaitant mettre à l’essai de nouveaux produits en aluminium dans le cadre de leurs projets de construction ou de rénovation.

Optimiser l’intégration de l’aluminium dans le bâtiment - Photo de Association de l’aluminium du Canada

La SQI, qui exige depuis plusieurs années l’obtention d’une certification LEED pour ses projets de construction, a conclu une entente avec le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation pour appuyer des projets de démonstration dans les édifices publics. En vertu de cette entente, elle se verra rembourser certaines dépenses liées à la conception, à la réalisation et au monitorage de nouveaux produits en aluminium ou de nouvelles applications pour ce matériau.

L’architecte Jacques Tremblay, directeur de l’expertise de Québec à la SQI, explique : « De concert avec les architectes, ingénieurs et designers associés à la réalisation de nos projets, nous travaillons à trouver de nouvelles applications à valeur ajoutée. C’est-à-dire qu’elles pourraient présenter un fort potentiel de réutilisation dans l’industrie de la construction, autant sur le plan des qualités esthétiques que sur celui de l’amélioration des performances du bâtiment, particulièrement en termes de durabilité, de recyclabilité, de résistance à la corrosion ou de facilité d’installation et d’entretien.  

« Tout comme elle l’a fait dans le cadre de la Stratégie d’utilisation du bois dans la construction au Québec, poursuit-il, la SQI entend de nouveau marquer le pas et tracer de nouvelles avenues pour l’utilisation accrue de matériaux performants, à faible empreinte environnementale. »

Cette collaboration avec la SQI, tout comme avec la SHQ, est très stratégique aux yeux de Marie Lapointe. « Il nous faut disposer de vitrines et de passerelles à l’innovation, conclut-elle. C’est-à-dire qu’il y ait des appels d’offres qui feront place à une proportion ou un potentiel d’utilisation de l’aluminium dans des projets. Ainsi, nous pourrons vraiment faire des démonstrations sur les plans économique et durable. »

Savoir innover

AluQuébec entend favoriser l’innovation pour optimiser l’utilisation de l’aluminium dans le bâtiment. C’est pourquoi l’organisme a mis sur pied à l’automne 2016 le Centre d’expertise sur l’aluminium (CeAl), qui voit notamment à encourager et à faciliter le recours à ce matériau par les professionnels du bâtiment.

« On veut être une source d’information, de formation ainsi que de références techniques auprès de ceux qui veulent faire un usage élargi de l’aluminium, indique l’ingénieur David Prud’homme, directeur du CeAl, qui renseignera les professionnels sur les normes, les codes de construction, les avantages et les possibilités d’utilisation de l’aluminium ainsi que sur les technologies et les outils de conception liés à ce matériau.

« Notre objectif, dit-il, est de contribuer à l’intégration optimale de produits en aluminium actuellement sous-utilisés dans le bâtiment, par exemple les cloisons architecturales amovibles, et aussi de nouveaux produits qui pourraient éventuellement prendre la forme de murs sandwich isolés ou encore de planchers en aluminium. »

 

La Stratégie québécoise

Dans la foulée du déploiement de sa Stratégie québécoise de développement de l’aluminium 2015-2025, le gouvernement du Québec entend favoriser la croissance et le rayonnement de tous les maillons de la chaîne de valeur de l’aluminium. Il vise ainsi à doubler la transformation de l’aluminium en sol québécois pour en porter la valeur des livraisons à plus de 10 milliards de dollars par année.

Commentaires

Soumis par Nancy Picard le 2017-05-26

Article franchement intéressant! Le seul hic selon moi est qu'actuellement, LEED v4 ne semble pas être la plateforme qui donnera meilleure réputation à l'aluminium. Basé sur le peu d'expérience que j'ai eu avec le nouveau crédit d'analyse du cycle de vie, le logiciel Athena recommandé dans le manuel LEED ne semble pas peindre un portrait aussi attrayant pour l'aluminium. Même que dans un projet, on améliorait notre performance en diminuant l'utilisation de revêtement d'aluminium. En tant que coordonnatrice LEED, je voudrais bien savoir comment faire valoir notre aluminium québécois sur les plateformes gratuites d'analyse de cycle de vie!

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