Qui dit commissioning, dit bâtiment performant. Ce qu’il faut savoir sur cette approche encore sous-utilisée au Québec.

Par Jean Garon

Commissioning, recommissioning et rétro-commissioning. Voilà trois termes qui désignent une même étape cruciale dans la vie d’un édifice, selon qu’il soit neuf ou existant : la mise en service « évoluée » de ses systèmes électromécaniques. Si l’approche est loin d’être nouvelle – déjà en 1991, l’American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE) publiait un bulletin technique intitulé The Building Commissioning Process –, elle reste toutefois encore largement méconnue et encore peu utilisée par les propriétaires d’immeubles québécois.

En fait, la mise en service des systèmes électromécaniques existe depuis toujours. « On ne peut pas livrer un bâtiment à un propriétaire sans une mise en service de base », indique d’entrée de jeu l’ingénieur Claude Décary, président de la firme Bouthillette Parizeau et Associés.  La mise en service de base, c’est l’assurance que le bâtiment performe dans la réalité aussi bien que selon la conception théorique faite par les professionnels.  À la différence d’une mise en service de base standard comme elle se pratique la plupart du temps, c’est-à-dire une mise en service par échantillonnage des systèmes, la mise en service « évoluée » va beaucoup plus loin en aval et en amont du processus.

Sommairement, voici comment se résument les principales étapes d’un projet à l’intérieur du mandat d’un agent de commissioning.

1. La planification

  • Elle porte sur la préparation d’un plan de commissioning établissant les attentes et exigences du propriétaire. Pour un projet de recommissioning ou de rétro-commissioning s’ajoute la collecte d’informations sur le fonctionnement théorique du bâtiment, sur l’état des systèmes existants et sur les séquences de fonctionnement et d’entretien.

2. La conception

  • Elle englobe le suivi de toutes les activités reliées à la conception des systèmes : de l’analyse des concepts préliminaires et l’identification des correctifs à apporter dans le cas d’un projet de recommissioning ou de rétro-commissioning jusqu’à la préparation des plans et devis pour la demande de soumissions, incluant la préparation des clauses à respecter par l’entrepreneur pour faciliter la mise en service.

 3. La construction

  • Elle se traduit par la supervision de la mise en place des systèmes requis conformément aux spécifications des plans et devis et aux directives des concepteurs, incluant la préparation des dessins d’atelier pour chaque équipement ainsi que la mise en condition et le balancement appropriés pour la mise en service des systèmes.

4. Le suivi post-construction

  • Il consiste ultimement à mettre en service les équipements nouvellement installés en procédant à des essais et des simulations de fonctionnement dans différentes conditions ; à produire une fiche de démarrage, une liste des vérifications et un manuel de fonctionnement et d’entretien ; à former les opérateurs ainsi que le personnel d’entretien ; et, finalement, à assurer un suivi et une évaluation des performances des systèmes sur une période donnée.

Comme le souligne Claude Décary, la mise en service relevant du commissioning va beaucoup plus en profondeur, ce qui implique de consacrer plus de temps avant, pendant et après la construction. L’exercice ou non d’un tel mandat dépend cependant du bon vouloir du client qui doit en assumer les coûts.

Selon lui, certains donneurs d’ouvrage publics ont compris la valeur de l’enjeu et font intervenir un agent de commissioning dans la réalisation de leur projet, soit à partir de leur propres professionnels, soit en confiant ce mandat à un professionnel externe. Dans un cas comme dans l’autre, ils paient pour ce service.

Ces débours ne sont pas exorbitants, assure pour sa part l’ingénieur Martin Roy, président de la firme Martin Roy et Associés. Pour le commissioning, il les estime entre 0,5 et 1,5 % du coût de base des systèmes électromécaniques installés. Pour le recommissioning, le coût de l’intervention dans un bâtiment existant variera entre 0,50 et 1,50 dollar le pied carré. C’est peu, à son avis, compte tenu des économies d’énergie (20 à 25 %) que cela procure et des réductions significatives des frais d’exploitation et d’entretien qui en résultent.

 Les retombées économiques d’un tel investissement ne font pas de doute non plus à l’esprit de l’ingénieur Jean Bundock, qui appuie sa conviction sur une étude menée en 2005 par la National Conference on Building Commissioning sur 224 bâtiments neufs et existants. Pour une intervention coûtant 0,27 dollar le pied carré dans les bâtiments existants et qui ont procuré 15 % d’économie d’énergie en moyenne, le rendement de l’investissement aura été de 0,7 an en moyenne. Pour une intervention coûtant 1,00 dollar le pied carré (ou 0,6 % du coût de construction en moyenne) dans les bâtiments neufs, le rendement de l’investissement aura été de 4,8 ans en moyenne, en excluant les éléments qui n’ont pas d’impact sur la consommation d’énergie.

Ce professionnel œuvrant chez Roche ltée, Groupe-conseil, cite également d’autres sources, dont la General Service Administration qui estime que les coûts d’exploitation post-commissioning sont de 8 à 20 % moindres que ceux des bâtiments « non commissionnés ».

En général, les experts s’entendent pour dire que le commissioning constitue la meilleure assurance qualité pour obtenir un bâtiment performant. En outre, il s’inscrit parfaitement dans une démarche de développement durable, notamment celle du programme de certification LEED.

Glossaire

Commissioning
Mise en service visant l’optimisation opérationnelle des éléments électromécaniques nouvellement construits.

Recommissioning
Revue des consignes d’exploitation visant l’optimisation opérationnelle des éléments électromécaniques existants, incluant l’implantation de nouvelles mesures à faible capitalisation.

Rétro-commissioning
Approche de mise en service visant l’optimisation opérationnelle des éléments électromécaniques appliquée à un bâtiment pour lequel il n’y a jamais eu de commissioning, qui nécessite habituellement des investissements à forte capitalisation.

  • Suggérées par Jean Bundock, ingénieur chez Roche ltée, Groupe-conseil
Les bénéfices

Pour les professionnels qui conçoivent les systèmes : le commissioning (incluant le recommissioning et le rétro-commissioning) leur donne la possibilité d’assurer une mise en service « évoluée » des équipements électromécaniques d’un bâtiment qui, en tous points et tous lieux, seront efficaces tel que conçus.

Pour les propriétaires et leurs équipes de travail : le commissioning assure d’avoir un bâtiment dont les systèmes électromécaniques fonctionnent bien, qui sont faciles à utiliser et à entretenir, et dont les coûts d’énergie et d’exploitation sont optimaux.

Pour les usagers ou occupants de l’immeuble : le commissioning leur procure des services fiables (chauffage, ventilation, climatisation, plomberie, éclairage, électricité), un environnement intérieur confortable propice à la productivité et un milieu de vie plus sain.

  • Identifés par Claude Décary, ing., président de BPA
Étude de cas

Important de procéder à la mise en service de base des systèmes d’un bâtiment ?

Une étude portant sur 60 édifices de construction récente à New York, en 1998, l’illustre clairement :

  • 50 % accusaient des problèmes de gestion des systèmes mécaniques
  • 40 % montraient un fonctionnement inadéquat des équipements de CVC
  • 15 % devaient composer avec l’absence d’équipements pourtant spécifiés sur les plans
  • 25 % présentaient un fonctionnement inadéquat des systèmes de gestion de l’énergie, des récupérateurs de chaleur et des variateurs de vitesse

  • * Données tirées de Lawrence Berkley National Lab

Commentaires

Soumis par J-Philippe Beau... le 2013-11-17

Bonjour,
J'ajouterais que l'agent de Mise en Service est le professionnel tout indiqué pour s'assurer que le personnel d'exploitation aura en sa possession tout le matériel dont il aura besoin pour gérer son bâtiment.
C'est un aspect souvent négligé par les concepteurs.

Pensons au "tel que construit", aux rapports d'essais et à la formation bien entendu, mais l'agent de Mise en Service a en sa possession beaucoup plus d'information utile. Il détient l'information nécessaire pour produire un manuel d'entretien et d'exploitation bien supérieur en qualité au traditionnel manuel ou l'on entasse des feuillets de fabricants.

Et puis il y a les nouvelles technologies, pour moi, le "i" du BIM est pour la Mise en Service : Information.

Bel article bien concis, Jean.

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