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Après-COVID-19 | Les priorités n’ont pas changé: il faut investir dans l’aménagement bâti durable

15 juin 2020
Hugo Lafrance, directeur, Stratégies durables chez Lemay. Photo : Lemay

Hugo Lafrance, LEED Fellow, WELL Faculty, directeur, Stratégies durables chez Lemay, livre ses réflexions sur l’après-crise de la COVID-19.

Dans cet article je vais tenter de vous faire partager une réflexion, et je vous invite à faire un pas de recul, car je pense qu’il nous faut ensemble apprendre à voir nos milieux de vie et nos environnements de travail de façon différente. Mon constat pourra vous paraître assez dur, en faisant un drôle de détour par l’écologie humaine, mais je vous invite à y réfléchir au cours des prochaines semaines, en commençant souvent comme la science le demande, par l’observation et la recherche.

Techniquement, très peu de choses ont changé. Nos milieux de vie sont encore peu adaptés au développement et au maintien du plein potentiel de santé humaine. On dit que la nature a horreur du vide et, récemment, une microscopique faille biologique dans notre système a été grande ouverte en faille sanitaire tectonique par un minuscule virus. Dans le corps humain, nos propres cellules sont en infériorité numérique, c’est-à-dire qu’il se compose davantage de bactéries et de virus que de cellules humaines. Notre santé dépend ainsi beaucoup moins de notre code génétique à un instant donné que d’un équilibre dynamique où les programmations externes jouent un rôle actif, incessant, complexe, selon nos comportements et les conditions de l’environnement dans lequel nous nous trouvons. Or, il apparaît aujourd’hui que nos milieux de vie comportent d’importantes failles, techniquement et culturellement. Nous ne connaissons encore que très peu la dynamique complexe du microbiote et si nous connaissons quelques-uns de nos « ennemis » biologiques, nous ne savons rien de la provenance de la prochaine brèche.

Dans cet écosystème biologique humain, nous avons échafaudé une culture du développement qui tient peu compte d’importantes lacunes : la densité de la population, doublée du manque de biodiversité; le fait que nous passons environ 90 % de notre temps dans des intérieurs où la sédentarité et la mauvaise qualité de l’air sont trop souvent la norme; la médicamentation plutôt que la prévention, et j’en passe, sont tout autant de failles dans la santé publique.

Le collectif avant l’individu

Même le terme « santé publique » reste largement méconnu, bien qu’on nous en serve une leçon chaque jour depuis trois mois. La santé publique exige de faire passer le collectif avant l’individu, ce qui n’est pas un réflexe dans notre société de développement.

La construction et le bâtiment ne sont pas en reste : nous avons érigé un ensemble de règles et de normes fondées sur la sécurité avant tout, toujours, mais la santé et le bien-être s’en retrouvent laissés sur les banquettes arrière, probablement faute de connaissances, mais la situation change tranquillement. Il faudra quand même qu’elle change rapidement. Il faudra aussi revoir nos proforma, car la rentabilité du développement immobilier basé sur le budget de construction est une hérésie qui néglige des externalités qui pèsent trop lourd dans le plateau social. Nous sommes dus pour un correctif, d’une façon ou d’une autre.

Et nous avons maintenant une occasion à saisir. Il nous faut carrément une nouvelle vision immobilière basée sur des milieux de vie sains (qualité de l’air et de l’eau pour tous, lutte contre la sédentarité) et durables (faible en carbone, rentable à moyen terme). Il nous faut investir dans le design biophilique pour ramener la nature dans nos bâtiments et dans nos villes, pour le bien-être de tous, et parce que c’est une des stratégies à notre portée les plus rentables à court terme. Il nous faut investir et nous engager ensemble dans une refonte règlementaire basée sur la qualité de vie, et cesser de nous borner aux règles du plus bas soumissionnaire.

Mon hypothèse est que l’aménagement bâti durable constitue notre levier le plus stratégique pour développer de saines habitudes de vie générant un excellent rendement de l’investissement à moyen terme pour notre système de santé, qui représente la principale dépense du budget provincial, et ainsi assurer des milieux de vie propices à améliorer la santé publique pour les générations futures.


* Spécialiste des certifications en environnement et en santé pour les projets d’aménagement, l’auteur siège au comité directeur LEED Canada du CBDCa et il agit à titre de membre du comité des communications pour le Conseil du bâtiment durable du Canada - Québec (CBDCa-Qc).