Par Rénald Fortier
La transition énergétique : un passage obligé dans le bâtiment

Le secteur du bâtiment est non seulement appelé à optimiser son efficacité énergétique comme jamais auparavant, mais aussi à se tourner résolument vers les énergies renouvelables. La PDG de Transition énergétique Québec explique.

Juin 2018. Le gouvernement du Québec lève le voile sur son premier Plan directeur en transition, innovation et efficacité énergétiques, donnant ainsi le coup d’envoi d’une vaste démarche de décarbonisation qui s’échelonnera jusqu’à l’horizon 2030. Et qui doit se traduire dans un premier temps, soit d’ici 2023, par une amélioration annuelle de 1,2 % de l’efficacité énergétique moyenne de la société québécoise et, en parallèle, par une réduction de 12 % de la consommation totale de produits pétroliers comparé au niveau de 2013.

Propulsé par des investissements totalisant plus de six milliards de dollars et s’accompagnant de pas moins de 225 mesures, le déploiement du Plan directeur 2018-2023 cible neuf secteurs d’intervention. Celui des bâtiments commerciaux et institutionnels n’y échappe évidemment pas, lui qui pèse lourd dans le bilan québécois des émissions de carbone.

Objectifs visés

Le plan de transition gouvernemental y poursuit les quatre objectifs suivants : améliorer les pratiques en matière de gestion de l’énergie; déployer une offre de programmes répondant aux besoins des clientèles; normaliser et réglementer l’efficacité énergétique dans ce secteur; et encourager le bâtiment durable. Sans compter qu’il vise à ce que le secteur des bâtiments commerciaux et institutionnels pousse toujours plus avant sa consommation d’énergies renouvelables, au premier chef l’hydroélectricité, dans les années à venir.

Johanne Gélinas est très bien placée pour en parler : elle est présidente-directrice générale de Transition énergétique Québec, organisme mis sur pied en avril 2017 pour orchestrer la démarche de décarbonisation qui s’ébranle en sol québécois : « Les bâtiments commerciaux et institutionnels consomment chaque année une quantité importante d’énergie. En 2015, précise-t-elle, ils ont utilisé 11 % de toute l’énergie consommée au Québec et 30 % du gaz naturel. La transition énergétique ne pourra donc se concrétiser dans ce secteur sans l’engagement des gestionnaires immobiliers ».

Rien d’étonnant, donc, à ce que Transition énergétique Québec figure au rang des partenaires du Défi énergie en immobilier (DÉI) porté par BOMA Québec. Cette compétition conviviale qui s’étalera sur quatre ans à l’échelle provinciale, rappelons-le, vise à inciter les acteurs de l’industrie immobilière à réduire leur consommation d’énergie et, du coup, leurs émissions de gaz à effet de serre.

« En plus de stimuler l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, explique Johanne Gélinas, le Défi énergie en immobilier permettra de préparer l’industrie à la divulgation obligatoire des données énergétiques qui prendra effet dans le plan directeur 2023-2028. Cette divulgation est une tendance lourde en gestion immobilière, et ce, dans plusieurs juridictions. »

Elle souligne que le DÉI aura pour effet d’amener de nombreux propriétaires et gestionnaires à s’engager dans des projets de rénovation éconergétique, de même qu’à gérer l’énergie autrement, et que Transition énergétique Québec les aidera à cheminer dans cette voie, tant sur le plan du soutien financier que technique.

La transition énergétique,  un passage obligé dans le bâtiment

Mesures préconisées

Pour orienter la transition énergétique dans les bâtiments commerciaux et institutionnels, la première mouture du plan directeur inclut 20 mesures élaborées à l’attention des acteurs de ce secteur. Parmi celles qui sont appelées à y avoir le plus grand impact, Transition énergétique Québec cite d’emblée l’offre d’un programme d’aide financière pour la formation en vue de rehausser l’expertise en efficacité énergétique au sein des équipes d’exploitation immobilière, des firmes d’architecture et d’ingénierie ainsi que des entreprises de construction. Et ce, afin d’améliorer les pratiques en matière de gestion de l’énergie.

La PDG de l’organisme relève également que plusieurs mesures importantes sont prévues pour déployer une offre de services plus complète. La première de celles qui lui semblent les plus intéressantes est la création d’un fonds innovant pour la transition énergétique d’une capitalisation de 30 millions de dollars, financé à parts égales par le gouvernement du Québec et Fondaction. Annoncée lors du dernier budget, cette offre de financement s’ajoutera aux subventions de Transition énergétique Québec et des distributeurs.

Institué pour répondre à un besoin exprimé par Transition énergétique Québec, ce nouveau fonds verra à financer la mise en œuvre de projets d’amélioration éconergétique dans le bâtiment commercial – le financement des projets institutionnels est placé sous le parapluie de l’exemplarité dont devra faire montre l’État. « C’est un fonds d’investissement patient qui ira chercher son rendement de l’investissement à même les économies d’énergie sur le long terme, précise Johanne Gélinas. Il financera ainsi 50 % des coûts d’un projet, l’autre moitié provenant des programmes d’aide publics. »

Accompagnement offert

Mais là ne s’arrêtera pas l’assistance offerte à ces gestionnaires d’immeubles commerciaux, de même qu’à ceux du domaine institutionnel. Car Transition énergétique Québec les accompagnera au moment de mesurer leurs besoins en matière d’amélioration éconergétique et l’investissement requis, tout comme aux étapes de l’inventaire des subventions disponibles et de l’évaluation des solutions qui sont à leur portée.

« Un établissement du réseau de la santé, dont la mission première n’est évidemment pas d’économiser l’énergie, pourrait être avisé de faire affaire avec une entreprise spécialisée en services énergétiques par exemple, indique Johanne Gélinas. Dans ce cas, comme dans d’autres cas de figure, nous serons là pour l’aider à déterminer de la pertinence d’emprunter une telle avenue. »

Normalisation et réglementation

Une autre mesure qui promet d’aiguillonner la transition énergétique en sol québécois : le dépoussiérage du règlement sur l’énergie dans les nouveaux bâtiments en vigueur depuis 1983. « Le temps est venu de normaliser et de réglementer l’efficacité énergétique dans les grands bâtiments, observe Johanne Gélinas. La première étape constituera à publier une nouvelle règlementation pour l’efficacité énergétique pour les nouvelles constructions. Par la suite, nous publierons un code volontaire qui préparera l’industrie en attendant de devenir réglementaire dans le cours de la mise en œuvre du plan directeur 2023-2028.

« En raison de leur très grand nombre et de leur performance généralement faible, poursuit-elle, les bâtiments existants revêtent un potentiel d’efficacité énergétique beaucoup plus grand que les nouveaux. C’est pourquoi le code volontaire proposera des normes minimales pour les bâtiments existants, en plus de mettre la barre encore plus haute pour les nouveaux bâtiments. »

Les cibles se veulent ambitieuses, c’est vrai, mais il reste que la table est donc de toute évidence bien mise pour que puisse s’opérer en continu une véritable révolution éconergétique, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, dans les bâtiments commerciaux et institutionnels au Québec. « Mais nous n’y arriverons pas seuls, conclut Johanne Gélinas. Il faudra nécessairement que les différents acteurs de l’industrie immobilière emboîtent le pas pour réussir la transition vers des énergies vertes et une consommation moindre, et de beaucoup, d’énergie. »

Regard sur l’horizon 2030

Au terme de la démarche de transition, d’innovation et d’efficacité énergétiques qui s’amorce, le domaine des bâtiments commerciaux et institutionnels ne montrera plus du tout le même visage sur le plan de la consommation d’énergie. La vision gouvernementale pour ce secteur à l’horizon 2030 se décline comme suit :

  • les produits pétroliers n’y seront utilisés que dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, dans les endroits non desservis par le réseau d’Hydro-Québec ou comme source d’énergie de contingence lors d’une interruption de service d’électricité ou de gaz;
  • pour y réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre, les énergies renouvelables constitueront 70 % du portefeuille énergétique du secteur alors que ce niveau est actuellement autour de 58 % ;
  • comme l’amélioration et le maintien de l’efficacité énergétique nécessitent l’intégration de la gestion de l’énergie dans l’organisation de l’exploitation immobilière, les bâtiments existants de grande taille devront être soumis à une gestion rigoureuse de l’énergie;
  • les nouveaux bâtiments ne devront consommer que très peu d’énergie.
Autres secteurs ciblés

Outre celui des bâtiments commerciaux et institutionnels, le Plan directeur du Québec en transition, innovation et efficacité énergétiques cible les secteurs d’intervention suivants :

  • l’aménagement du territoire;
  • le transport des personnes;
  • le transport des marchandises;
  • l’industrie;
  • les bâtiments résidentiels;
  • les réseaux autonomes;
  • les bioénergies;
  • l’innovation.
Démarche de transition collaborative

Le premier Plan directeur en transition, innovation et efficacité énergétiques, qui s’inscrit dans la foulée de la mise en œuvre de la Politique énergétique 2030 du Québec, n’a pas été échafaudé en vase clos, loin de là même. Car la démarche pilotée par Transition énergétique Québec a non seulement fait l’objet d’une consultation publique à l’automne 2017, mais a aussi mis à contribution plusieurs partenaires comme Hydro-Québec et Énergir.

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