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Comment réduire les déchets dans la construction

2 juin 2021
Par Sylvain Perron

Section du Québec du CBDCa CHRONIQUE DU CONSEIL DU BÂTIMENT
DURABLE DU CANADA - QUÉBEC

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Comment réduire les déchets dans le secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition? Le Conseil du bâtiment durable du Canada - Québec tenait à dire son point de vue lors de la consultation publique sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes qui se déroule depuis le 8 mars 2021.

Le gouvernement du Québec, à travers le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, veut entamer une réflexion importante au sujet de la gestion des résidus ultimes pour établir une vision à long terme sur leur disposition.

Fort de son expérience liée à la publication de son guide de réduction à la source des matériaux et résidus de construction en chantier basée sur trois études de cas portant sur la déconstruction, la restauration et la préfabrication, et en tant que leader du domaine de l’environnement bâti durable, le Conseil du bâtiment durable du Canada – Québec (CBDCa-Qc) a voulu émettre des recommandations pour diminuer la quantité de déchets produite lors de projets de construction, rénovation et démolition (CRD).

Le secteur des CRD en gestion des matières résiduelles

Il a été présenté dans le bilan 2018 de RECYC-QUÉBEC qu’entre 2015 et 2018, la quantité de résidus acheminés vers des centres de tri a diminué en contrepartie d’une augmentation de la quantité de résidus directement acheminés à l’élimination. Ce constat est inquiétant alors qu’on prévoit une augmentation des activités de construction dans la prochaine décennie. En effet, les données du Plan québécois des infrastructures 2020-2030 (ci-après le PQI) indiquent qu’en 2018, il y a eu près de 9,1 milliards de dollars de travaux d’infrastructures publiques. Dans ce même PQI, ce sont des dépenses moyennes annuelles de près de 13 milliards qui sont prévues, soit une augmentation de près de 40 % par rapport à 2018. 

Bref, si on prévoit que les déchets créés par les matériaux de construction aux États-Unis sont de l’ordre de 20 kg à 30 kg par mètre carré de construction[1], on peut s’attendre à une augmentation importante des matières résiduelles provenant des CRD dans les centres de tri et ultimement dans les lieux d’enfouissement techniques.

Considérant que le PQI 2020-2030 présente un niveau d’investissement jamais égalé auparavant avec plus de 130,5 milliards de dollars, que l’adoption du projet de loi 66 en décembre 2020 vise l’accélération de 180 projets d’infrastructure et que le Plan d’action pour le secteur de la construction présenté en mars 2021 ne fait aucune mention de l’aspect du développement durable, les donneurs d’ouvrages et toutes les parties prenantes de l’industrie de la construction se doivent de réagir afin de renverser cette tendance de l’augmentation des déchets des projets de CRD.

L’importance des certifications

Les certifications dans le domaine du bâtiment durable ont un impact réel pour réduire la quantité de matières résiduelles générées par le secteur des CRD.

Par exemple, LEED établit comme préalable qu’un plan de gestion des déchets de construction et de démolition ainsi qu’un rapport final sur les déchets de construction sont obligatoires pour avoir la certification LEED. L’objectif est de planifier d’avance la gestion des déchets de construction afin de :

  • Réduire à la source la quantité de déchets
  • Réutiliser une certaine quantité des matériaux
  • Recycler les matériaux
  • Valoriser ce qui peut être valorisé

Grâce à ce plan, il sera plus facile de conclure les accords nécessaires avec les fournisseurs de services puis d’en faire un rapport final. 

Il est également possible d’aller plus loin dans la gestion des matières résiduelles de projets de CRD. Les façons proposées dans la certification pour augmenter d’un cran la performance d’un bâtiment en termes de gestion des matières résiduelles en CRD sont :

  • La réduction de l’impact du cycle de vie du bâtiment en réutilisant un bâtiment déjà existant
  • Le détournement de plus de 50 % des flux de déchets
  • L’utilisation de déclarations environnementales de produit (DEP) pour augmenter la divulgation et l’optimisation des produits de construction

Formalisation des exigences par les donneurs d’ouvrage

Il faut également s’assurer que les donneurs d’ouvrage formalisent leurs exigences en termes de récupération dans les contrats comme le mentionne le guide de planification et gérance de chantier : « La formalisation d’exigences en matière de récupération fixées par les donneurs d’ouvrage est un véritable facteur déterminant pour encourager l’industrie à recourir davantage à la déconstruction[2]. »

Plan de gestion des matières résiduelles obligatoire

Nous recommandons que pour l’émission de permis par la municipalité, un plan de gestion des matières résiduelles soit prévu et communiqué pour tout chantier de construction, de rénovation et de démolition.

Nous recommandons également que toutes les municipalités aient le même modèle type de plan de gestion afin d’encourager et d’accompagner les entrepreneurs qui n’en ont jamais fait.

La formation des employés

Nous recommandons d’augmenter la formation sur la saine gestion des matières résiduelles auprès de tous les employés.

Le tri des rejets ou l’attention portée à la réduction des matériaux ne fait pas partie des tâches traditionnelles de différents corps de métiers présents sur les chantiers. Il faut donc assurer des activités de formation et de sensibilisation de la main-d’œuvre quant aux objectifs et aux bénéfices de réduction à la source.

En somme, si le Québec veut réduire la quantité de déchets de CRD, il devra augmenter le recours aux certifications, formaliser les exigences des donneurs d’ouvrage (notamment ceux gouvernementaux), obliger les municipalités à exiger un plan de gestion des matières résiduelles de CRD pour toute émission de permis de chantiers de construction, rénovation et de démolition, et finalement augmenter la formation des différents corps de métiers présents sur les chantiers.


1. Peng, C. L., D. E. Scorpio et C. J. Kibert (1997). « Strategies for successful construction and demolition waste recycling operations », Construction Management and Economies. vol. 15, no l, p. 49-58.
 

* L’auteur est directeur des affaires gouvernementales et de la gestion administrative au Conseil du bâtiment durable du Canada – Québec.