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Gestion des matières résiduelles : quelles sont les solutions ?

5 juillet 2021
Par Sylvain Perron

Section du Québec du CBDCa CHRONIQUE DU CONSEIL DU BÂTIMENT
DURABLE DU CANADA - QUÉBEC

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L’impact des déchets de construction, de rénovation et de démolition pèse encore et toujours lourdement sur l’empreinte environnementale du secteur du bâtiment au Québec. D’où l’importance de retourner la situation sans plus tarder.

La gestion des matières résiduelles CRD a toujours été un enjeu important si l’on veut que nos bâtiments aient moins d’impact sur l’environnement. Mais au-delà de notre industrie, les enjeux sont plus grands. En effet, le gouvernement du Québec a vu la quantité de demandes d’agrandissement de lieux d’enfouissements techniques augmenter de manière importante au cours des derniers mois, ce qui contraint la province à trouver d’autres moyens pour diminuer la quantité de matières résiduelles vouées à l’élimination.[1]

Comme l’industrie des CRD est responsable de 853 000 tonnes[2] de résidus envoyées dans les sites d’enfouissement (faute d’avoir trouvé preneur dans les centres de tri), cela représente environ 15 % des matières résiduelles reçues par ceux-ci. Le secteur des CRD doit se poser la question à savoir quelles sont les pratiques à mettre en place pour contribuer à la réduction des déchets de la province.

Préfabriquer

La préfabrication de composant en usine qui sera assemblé sur le chantier est une technique de plus en plus répandue dans le domaine de la construction. Mais pourquoi utiliser la préfabrication?

D’abord, pour une diminution des coûts. Ceci est illustré dans une étude de cas concernant la construction d’un bâtiment résidentiel de six étages comprenant 59 logements ayant fait appel à des composants préfabriqués, dont des panneaux de murs ouverts à ossature légère en bois, des fermes de toit et des solives de plancher. Grâce à leur préfabrication en usine, ils ont pu observer une diminution d’environ 10 à 16 % des coûts, mais aussi une diminution de 1,97 kg de déchets par mètre carré (dans ce cas-ci 9,9 tonnes) pouvant s’expliquer par diverses raisons, dont :

  • la pratique courante pour les entrepreneurs de commander un surplus de matériaux;
  • les conditions météorologiques pendant les chantiers pouvant endommager certains matériaux;
  • les coûts de main-d’œuvre liés à la gestion et à la récupération des matériaux. Les entrepreneurs préféreront généralement envoyer les matériaux en surplus ou endommagés au rebut;
  • une plus grande facilité de mettre en place des protocoles de gestion des matières résiduelles dans un endroit contrôlé.

Ceci montre que la préfabrication mérite indéniablement qu’on s’y attarde pour diminuer la quantité de déchets générés dans le secteur de la construction.

Restaurer

Il est évident que de démolir un toit et le reconstruire génère une quantité importante de déchets. Mais combien cela en génère-t-il?

Le projet de restauration de cinq toitures sur divers entrepôts d’Aéroports de Montréal (ADM) a permis de réduire de 47 % la quantité de déchets générés, en maintenant notamment les panneaux de fibre de bois en place, ce qui équivalait à environ 2,7 tonnes de matériaux.

Mais ce qui est davantage intéressant, c’est que cette démarche leur a permis de réduire la facture de 49 % à la suite d’une analyse de cycle de vie sur 50 ans. Le coût de propriété total a donc baissé de manière importante. Ceci inclut aussi les besoins de maintenance, plus fréquente du surfaçage.

Déconstruire

Ultimement, lorsqu’un bâtiment atteint la limite de sa vie utile, il faut le déconstruire. Dans le cas de la déconstruction de l’hippodrome de Montréal, il a été constaté une réduction de 82 % de réduction des déchets, soit environ 11 923 tonnes, provenant principalement de la récupération du béton et de l’asphalte du site.

Dans l’étude de cas, une autre affirmation vient appuyer l’importance de déconstruire plutôt que de démolir :

« Compte tenu de l’augmentation du prix de l’enfouissement au cours des dernières années et du nombre croissant de récupérateurs de matériaux, il en coûte aujourd’hui généralement plus cher aux entrepreneurs d’enfouir les matériaux issus des travaux de démolition que de les séparer et de les récupérer. Cela est particulièrement vrai en ce qui a trait aux agrégats et aux métaux, deux catégories de matériaux qui sont généralement facilement revendus. »[3]

Bref, la préfabrication, la restauration et finalement la déconstruction sont des mesures applicables pour réduire à la source la quantité de matières résiduelles générées lors de projet de construction, de rénovation et de démolition.


1. CHARETTE, Benoit. 2020. Lettre de mandat à l’attention de M. Philippe Bourke, président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

2. Recyc-Québec, 2021. Rapport sectoriel de RECYC-QUÉBEC dans le cadre du mandat du BAPE sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes.

3. AGÉCO, ECPAR et CBDCa-Qc, 2019. La réduction à la source des matériaux et résidus de construction : Guide pour la planification et la gérance de chantier.


* L’auteur est directeur des affaires gouvernementales et de la gestion administrative au Conseil du bâtiment durable du Canada – Québec.