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Imaginer le bâtiment vert post-COVID : par où commence-t-on ?

15 juillet 2020
Par Julie-Anne Chayer, ing.

Bâtiment durable Québec CHRONIQUE DE BÂTIMENT DURABLE QUÉBEC
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Comment le point de rupture provoqué par la pandémie pourrait-il servir à aiguiller le monde de la construction et de l’aménagement québécois vers un meilleur modèle pour bâtir de façon plus résiliente, socialement et écologiquement?

Plusieurs pionniers québécois du bâtiment durable se sont réunis le 16 juin dernier dans une rencontre virtuelle afin de répondre à cette question. À tour de rôle, d’anciens présidents du CBDCa-Qc et des professionnels engagés du domaine ont présenté leur idéal du bâtiment durable après cette période que nous vivons.

D’entrée de jeu optimiste, Joël Courchesne croit que la communauté du bâtiment durable peut plus facilement présenter les avantages du bâtiment durable, notamment pour la qualité des environnements intérieurs.

Rolland Charneux met également l’accent sur la qualité de l’enveloppe du bâtiment et son impact sur le confort des occupants. Tout en sagesse, il se questionne aussi sur l’utilisation de l’expression « distanciation sociale », qu’il juge inappropriée. Contrairement à d’autres crises vécues où l’entraide était au rendez-vous, celle-ci pourrait avoir un effet inverse où le partage et l’esprit communautaire sont moins présents. C’est un défi où tous devront travailler pour contrer l’effet négatif potentiel.

Daniel Smith indique que le bâtiment durable idéal est connu. Ce qui l’intéresse, c’est la feuille de route : comment mieux travailler ensemble pour réaliser le travail et influencer positivement les politiques.

Louis-Philip Bolduc est aussi de cet avis. Il mentionne qu’il importe de saisir l’occasion pour modifier nos réflexes ainsi que nos manières de présenter la valeur des solutions, surtout lorsque cette valeur est plus intangible.

Travailler ensemble afin d’améliorer la santé des gens dans leur environnement se situe également au cœur de la réflexion de Josée Lupien à propos des opportunités à saisir.

Dany Pearl ajoute qu’il s’inquiète vis-à-vis du manque de résilience des communautés plus vulnérables; il faut s’organiser pour éviter que ceux et celles qui sont plus à risque écopent.

Daniel Smith souhaite que nous puissions prendre le temps de réfléchir à la relance économique. La question du manque de main-d’œuvre est une préoccupation constante. Il sera important de s’éloigner des solutions à l’emporte-pièce qui créeraient davantage de problèmes.

Daniel Pearl présente une série d’opportunités, certaines actuellement en déploiement, en réfléchissant autrement les secteurs près du canal de Lachine à Montréal, par exemple. Des sites riches d’histoires, où des partenariats constructifs peuvent se créer. Selon lui, il y aurait une trentaine de sites qui seront des catalyseurs pour changer la ville.

Des changements à venir dans les certifications ?

Josée Lupien indique qu’il y a déjà des crédits en version pilote pour la santé dans les bâtiments du côté de la certification LEED, d’autres s’ajoutent pour la certification WELL. Ceci pourrait d’ailleurs rassurer les gens qui reviendront dans leur environnement de travail, notamment par une qualité accrue de l’air intérieur. Elle enchaîne avec l’exemple de la Banque TD qui discute déjà des stratégies pour intégrer les processus de certification du bâtiment durable.

Les certifications ont déjà intégré des lignes directrices supplémentaires pour améliorer la réponse des bâtiments relativement à la COVID-19. Ces certifications répondent d’ailleurs toujours rapidement aux enjeux du bâtiment durable renchérit Joël Courchesne. Autre exemple, Daniel Smith parle de la certification Living Building Challenge qui intègre la notion d’autonomie et de résilience, en guide de réponse.

Et qu’en est-il des plus jeunes dans l’industrie? Pour les Bâtisseurs écologiques de l’avenir, l’aile jeunesse du Conseil, il était important d’aborder la question des efforts de la nouvelle génération. À la relève, Louis-Philip Bolduc parle de l’importance de l’implication tant bénévole qu’au sein des entreprises afin de faire avancer des initiatives en bâtiment durable et d’apporter une réelle contribution.

Mais qu’est-ce qui fera pencher la balance ?

Tous s’entendent pour essayer de mieux comprendre l’ensemble des risques futurs tout en s’assurant une meilleure écoute des besoins des communautés. L’humain demeure au centre de cette équation, renchérit Daniel Smith.

Les propos présentés ont été recueillis lors de la Table ronde des pionniers québécois du bâtiment durable, le 16 juin dernier. La communauté du bâtiment durable répond toujours présent au défi!

Animée par André Cazelais, MGP, architecte, chef de division – Transition écologique à la Ville de Montréal et président par intérim du comité Programmation du CBDCa-Qc, et par moi-même, cette table ronde réunissait :

  • Louis-Philip Bolduc, ing., PA LEED BD+C, Directeur de projet, Énergère (président du CBDCa-Qc, 2014-2016);
  • Roland Charneux, ing., M.Ing. PA LEED BD+C, HFDP, ASHRAE Fellow, Directeur adjoint, Pageau Morel (Prix du pionnier du bâtiment durable du CBDCa – 2019);
  • Joël Courchesne, architecte, LEED-AP BC & O+M - MR-TAG CaGBC, Président, Courchesne et associés (président du CBDCa-Qc, 2006-2007);
  • Josée Lupien, LEED Fellow & PA WELL, Présidente, Vertima (présidente du CBDCa-Qc, 2013-2014);
  • Daniel Pearl, architecte, MOAQ, PA LEED, Associé, L’OEUF (Prix pour l’ensemble d’une carrière du CBDCa – 2019);
  • Daniel Smith, architecte, PA LEED BD+C, OAC, IRAC, AAPPQ, Associé principal, Smith Vigeant architectes (président du CBDCa-Qc, 2007-2008);
  • Hugues-Antoine Dubé, ing., Associé écologique LEED, Pageau Morel (président des Bâtisseurs écologiques de l’avenir, CBDCa-Qc).

*L’auteure est vice-présidente, Responsabilité d’entreprise au sein du Groupe Agéco et présidente du CBDCa-Qc depuis 2016