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Après-COVID-19 I Produire des tomates en écoutant la télé…

19 mai 2020
Stéphan Gagnon, coordonnateur du service d’accompagnement technique chez Transition énergétique Québec. Photo : Transition énergétique Québec

Réflexion de l’ingénieur Stéphan Gagnon, coordonnateur du service d’accompagnement technique chez Transition énergétique Québec, sur l’après-COVID-19.

On parle beaucoup d’autonomie alimentaire par les temps qui courent, et le chauffage des serres se trouve au cœur de ce débat. En raison du climat du Québec, celles-ci s’avèrent incontournables si l’on désire augmenter notre autonomie alimentaire. Le chauffage des serres nécessite beaucoup d’énergie; on veut bien augmenter la production serricole, mais il ne faut pas non plus voir exploser nos émissions de gaz à effet de serre (GES) à cause de l’utilisation de combustibles fossiles pour les chauffer. C’est pourquoi tous les regards sont tournés vers les surplus d’électricité d’Hydro-Québec.

Or, il existe d’autres solutions. Parmi les filières les plus intéressantes, on trouve la valorisation des rejets thermiques qui permet de chauffer les serres à bas prix et sans émissions de GES. Il y a d’ailleurs plusieurs projets exemplaires au Québec :

  • Les Serres Demers de Drummondville sont chauffées par la chaleur résiduelle récupérée de la centrale électrique au biogaz de Waste Management.
  • Les Serres Sagami de Saguenay sont chauffées par les rejets thermiques d’Elkem Métal.
  • Les Serres Toundra de Saint-Félicien sont chauffées par les rejets de chaleur de Produits forestiers Résolu.

Il existe un grand potentiel de valorisation des rejets thermiques de toutes sortes au Québec, mais l’implantation de centres de données pour le chauffage est l’une des avenues les plus prometteuses. L’augmentation fulgurante de la vidéo sur demande et de l’infonuagique propulse la demande mondiale pour les centres de traitement de données. De plus en plus de ces centres s’installent au Québec, ce qui est une excellente nouvelle pour la planète. L’installation au Québec, plutôt qu’aux États-Unis, d’un seul gros centre de traitement de données qui consomme 900 GWh par année permet d’éviter l’émission de 633 336 tonnes d’équivalent CO2. C’est comme retirer 137 476 véhicules des routes.

Ces centres de données sont à la recherche d’un approvisionnement en électricité des plus fiables et de source renouvelable. De plus, grâce au climat québécois, ils sont refroidis par l’air extérieur presque toute l’année, ce qui réduit leurs coûts d’exploitation. Il serait possible d’améliorer encore leur rentabilité en vendant la chaleur évacuée à leurs voisins en période de chauffage. En fournissant de l’électricité à des centres de données, qui ont une consommation constante, plutôt qu’à des équipements de chauffage dont la consommation est concentrée sur certaines périodes de l’année, Hydro-Québec pourrait vendre beaucoup plus d’électricité pour une même puissance installée. Cette stabilisation de la demande serait très avantageuse économiquement pour Hydro-Québec et, incidemment, pour ses actionnaires, les citoyens du Québec.

Un serveur informatique fonctionne comme une plinthe électrique : il convertit l’électricité qu’il consomme en chaleur. En installant un puissant centre de traitement de données à côté d’un grand parc de serres, il serait possible de fournir aux Québécois des fruits et des légumes à prix concurrentiels, d’améliorer la rentabilité d’Hydro-Québec et de réduire les émissions mondiales de GES de façon importante.

Dans le cadre de l’Entente bilatérale intégrée (EBI) Québec-Canada, Transition énergétique Québec a lancé, le 4 décembre 2019, un appel de propositions pour soutenir financièrement, à hauteur de 200 millions de dollars, la réalisation de projets de valorisation des rejets thermiques au Québec.

Les détails de cet appel de propositions sont disponibles sur le site web de Transition énergétique Québec.