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Un BAC carbone zéro en devenir à Gatineau

23 octobre 2020
Par Marie Gagnon

En chantier depuis la fin de 2019, à Gatineau, le nouvel édifice de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conjuguera haute technologie et haute efficacité environnementale.

En archivistique, la préservation est une approche intégrée dont l’objectif est de ralentir le processus naturel de dégradation des supports, qu’il s’agisse de documents papier, de matériel photographique et cinématographique ou, encore, de documents magnétiques et électroniques. À Gatineau, le nouveau centre de BAC répondra non seulement à cette condition essentielle, mais il deviendra également le premier bâtiment carbone net zéro voué à la préservation des archives en Amérique.

Le bâtiment de 12 900 mètres carrés, qui prend forme tout juste derrière le centre de préservation actuel de BAC, est en outre le premier édifice fédéral construit selon les exigences de la Stratégie canadienne pour un gouvernement vert. Cette stratégie, qui a été élaborée afin de soutenir les engagements du Canada en vertu de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, vise à assurer la transition vers des activités gouvernementales résilientes aux changements climatiques, notamment par le biais de biens immobiliers durables et à faibles émissions de gaz à effet de serre (GES).

« On est très chanceux parce qu’au Québec, l’électricité est à 99 % propre, indique Nathalie Éthier, directrice de projet pour BAC. À elle seule, l’énergie hydroélectrique répond aux objectifs visés par la Stratégie pour un gouvernement vert. On aura aussi recours à la géothermie – cinq puits sont prévus –, mais seulement en périphérie du bâtiment, car on doit respecter un certain plafond financier. Cette mesure contribuera à atteindre les cibles énergétiques globales établies par Ressources naturelles Canada. »

 S’inscrire dans la durée

Ces cibles ont été établies en fonction de divers paramètres, dont les températures et les taux d’humidité nécessaires à l’entreposage des documents. Cinq voutes doivent en effet être maintenues à dix degrés Celsius et à un taux d’humidité de 40 %, tandis que la sixième doit avoir une température de six degrés et une humidité relative de 30 %.

De plus, contrairement aux modèles énergétiques conventionnels qui s’appuient sur la superficie totale d’un édifice, celui proposé par RNC tient également compte du volume du deuxième niveau. Ce niveau, qui regroupe tous les documents d’archives et le système de rayonnage automatisé, atteint en effet 30 mètres (m) de hauteur, ce qui modifie considérablement la donne en matière de consommation d’énergie. Le projet étant réalisé en mode conception-construction, ce modèle est par ailleurs constamment actualisé.

Sur le plan architectural, Propriétés Plenary Gatineau (PPG), le partenaire privé qui réalise le projet, a également privilégié certaines stratégies afin de conserver l’énergie et limiter la consommation énergétique. Nathalie Éthier pointe notamment un faible ratio murs-fenêtres au rez-de- chaussée, de même que l’absence de fenestration au second niveau, où seront aménagées les voutes d’entreposage. Afin de réduire les gains solaires l’été, l’étage est en outre conçu de manière à déborder légèrement au-dessus du rez-de-chaussée.

Le concept, qui vise au minimum la certification LEED Argent, mise également sur la masse thermique du béton pour diminuer les charges de chauffage et de climatisation. « Le design de l’enveloppe est assez particulier, signale la gestionnaire. On a en quelque sorte un édifice dans un édifice. Les murs de béton sont entourés d’une zone tampon qui est elle-même ceinturée de béton. En plus de réduire la demande en énergie, cette conception permet de limiter le dimensionnement des systèmes électrique et mécanique. »

Viser haut

Elle ajoute que le projet se distingue tout autant sur le plan technologique. Le futur centre de préservation sera en effet équipé d’un système de rayonnage automatisé à la fine pointe de la technologie. Couplé à un système informatique, qui identifie l’étagère mobile sur laquelle se trouve le contenant archivistique, il extrait au moyen d’une grue l’étagère et son contenu pour les descendre au rez-de-chaussée. « Ça évite les va-et-vient dans les voutes et assure le maintien des températures et des taux d’humidité à des niveaux optimaux », précise Nathalie Éthier.

 Ce système d’archivage présente par ailleurs certains bénéfices appréciables. D’abord sur le plan environnemental, en protégeant notamment les caractéristiques naturelles du site. Grâce à la hauteur de ses voutes, qui privilégie l’entreposage vertical, le futur BAC possédera en effet une empreinte au sol réduite, ce qui minimisera son impact sur le milieu naturel, entre autres en réduisant l’excavation et la compaction des sols.

Ensuite sur le plan humain. Les températures établies visent en effet une durée de préservation de 500 ans. Si le système d’archivage n’était pas automatisé, les employés devraient s’emmitoufler avant de pénétrer dans les voutes. Aussi, en éliminant le transport manuel des étagères, qui peuvent peser jusqu’à 15 kilos, le système réduit les risques de blessures musculosquelettiques. Sans compter les va-et-vient incessants qui causeraient des fluctuations de température qu’il faudrait compenser mécaniquement.

Le projet, dont s’élève à 330 millions de dollars, doit être livré en mai 2022.