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Bâtiment durable et clientèles vulnérables

15 janvier 2020
Par Marie-Ève Sirois*
Bâtiment durable et clientèles vulnérables. Photo : NSCC

Écobâtiment CHRONIQUE DE ÉCOBÂTIMENT
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Depuis quelques années, l’équipe d’Écobâtiment oriente certains de ses projets vers les clientèles vulnérables, notamment les aînés, les nouveaux arrivants, mais également les Premières Nations. Mettre la loupe sur certaines considérations plus spécifiques à une population offre une nouvelle perspective au concept de bâtiment durable.

Et si l’on s’attardait à l’usager, le temps d’une chronique? Que ce soit sur le sujet de la qualité de l’air, le confort acoustique ou encore la pérennité des éléments bâtis, il y a encore beaucoup à faire pour améliorer les édifices de logements abordables, les établissements de santé et les résidences pour aînés.

Le bâtiment durable, c’est une question de santé publique. Prenons un bébé, un enfant, une personne souffrant d’une maladie respiratoire chronique ou encore une personne âgée; cette personne, plus vulnérable, est susceptible de réagir promptement à un polluant intérieur qui affaiblit sa capacité respiratoire. Malheureusement, les contaminants tels les moisissures, les composés organiques volatils ou encore les poussières peuvent ravager la qualité d’air d’un espace intérieur en peu de temps, voire engendrer une visite à l’hôpital ou prolonger une infection. Les causes sont multiples, mais, de manière générale, on revient souvent à la gestion de l’humidité, l’accès à de l’air frais ou aux matériaux et équipements défaillants. Y a-t-il raison de s’étonner que tous ces éléments se retrouvent dans les certifications WELL, LEED ou encore Living Building Challenge?

La création de lieux de vie ou de travail empreints d’un confort acoustique, visuel, olfactif et thermique vaut son pesant d’or tant sur le plan de la santé physique que psychologique. La conception intégrée devient donc incontournable, notamment parce qu’elle permet de mettre les besoins de l’usager au cœur d’un projet de construction ou de rénovation. Pour les personnes souffrant d’un handicap, ce sont les éléments de signalisation ou encore de déambulation sans obstacle qui feront toute la différence entre une expérience agréable ou carrément impossible.

Le bâtiment durable, c’est aussi une question d’abordabilité. Tant pour un bâtiment neuf qu’un projet de rénovation, un niveau d’humidité contrôlé et des matériaux qui durent, donc qui requièrent peu d’entretien pour maintenir leurs fonctions, c’est un gage de confort, mais aussi de viabilité économique. D’autre part, c’est une façon de préserver l’intégrité des composantes d’un bâtiment.

Autrement, la facture des problèmes récurrents et des remplacements prématurés répétitifs revient vite à l’ordre du jour. Mieux encore, un bâtiment étanche, bien isolé et surtout bien contrôlé nécessitera moins de temps de gestion et sera moins énergivore. Dans les logements abordables, où plusieurs populations vulnérables logent, tenir compte de ces principes constitue un gage de réussite à long terme. C’est aussi une façon de favoriser une méthode préventive plutôt que réactive, souvent onéreuse.

Le bâtiment durable comme levier environnemental. Sur le plan environnemental, il y a les approches connues qu’il importe de maintenir : l’efficacité énergétique, la gestion de l’eau, le choix des matériaux locaux, etc. Mais, il y a aussi le principe de réduction à la source. Un bâtiment conçu et rénové avec des matériaux qui perdurent dans le temps verra son empreinte écologique réduite. Le matériau que l’on n’achète pas est le plus écologique, faut-il le rappeler ? Mieux encore, il y a le concept d’architecture régénérative…

Après les éléments rationnels de santé et d’économie, pourquoi ne pas regarder le bâtiment comme catalyseur de progrès? Le concept est encore embryonnaire, mais ô combien prometteur. Ne serait-ce que par son potentiel d’enrichissement de la biodiversité, de séquestration de carbone ou encore de production alimentaire?

Ajoutons que le concept de bâtiment régénératif constitue un outil de lutte et d’adaptation aux changements climatiques. Qui plus est, de tels bâtiments peuvent jouer un rôle positif au sein d’une communauté, voire devenir un pôle attractif. La vocation régénérative peut donc s’appliquer tant à l’environnement qu’à l’être humain. Non loin de chez nous, à Dartmouth en Nouvelle-Écosse, le Center for the Built Environment constitue un exemple concret de l’application de ces principes. Si vous souhaitez en savoir davantage sur ce concept hors norme, je vous invite à lire l’article suivant, publié sur le site du Whole Building Design Guide.


*L’auteure est directrice générale d’Écobâtiment