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COVID-19 I Et après… qu’est-ce que ça va changer ?

16 avril 2020
Stéphan Langevin, architecte, associés de SGTM Architectes. Photo : STGM Architectes

Réflexions de l’architecte Stéphan Langevin, associé chez STGM Architectes, sur l’après COVID-19.

Les évènements historiques que nous vivons présentement nous font prendre conscience violemment de la grande fragilité et de la précarité de notre système économique et social. Nos vies se sont construites avec le temps, comme un château de cartes à l’équilibre fragile, prêt à s’effondrer au moindre coup de vent. C’est en toute conscience que nous avons contribué avec chacun de nos gestes quotidiens à la construction de cet édifice un peu bancale.

D’abord, cette pandémie nous rappelle l’importance de l’achat et de la production locale, aussi bien des produits de consommation que de l’alimentation. Il en va de même pour les produits de construction. Des investissements massifs dans le domaine manufacturier et dans les infrastructures agricoles, la valorisation des métiers s’y rattachant, ainsi que la protection définitive des terres, sont à souhaiter.

En aménagement, certaines tendances des dernières années devraient être remises en question. Le règne des aires ouvertes à l’excès et en toute circonstance, la diminution des pieds carrés alloués par employé, les postes de travail non assignés sont autant de façons de faire qui devraient faire l’objet d’une réévaluation.

En habitation, les complexes de micro-logements partageant des services communs de plus en plus importants seront-ils une typologie en voie de disparition ou du moins à repenser? La construction d’immenses structures concentrant à un même endroit des centaines de personnes âgées à la santé fragile, et ce, dans des conditions souvent discutables devra-t-elle également être revue? Les maisons bigénérationnelles auront-elles le vent dans les voiles?

Des investissements majeurs dans les infrastructures de santé et dans la chaine d’approvisionnement de celle-ci seront aussi à prévoir et la santé publique devrait reprendre la place qui lui revient. Collectivement, nous devrons exiger de nos gouvernements plus de respect et d’équité pour toutes les personnes œuvrant dans le domaine de la santé, allant du préposé aux bénéficiaires jusqu’au médecin spécialiste, en passant par les infirmiers et infirmières.

Au-delà des commandes

Comme architectes, notre rôle est non seulement de répondre à la commande du client, mais également de s’assurer que nos projets s’inscrivent dans une réflexion plus globale qui porte sur les différents enjeux qui régissent nos vies et l’évolution de notre société.

Au même titre que l’environnement, à partir de maintenant, une des préoccupations, qui deviendra prioritaire, sera sanitaire. Comment favoriser à la fois les relations humaines et la collaboration tout en respectant une certaine distanciation? Comment concevoir des infrastructures qui peuvent s’adapter rapidement aux exigences physiques en temps de crise, qu’elle soit climatique, sanitaire ou politique? Ce ne sont que quelques exemples des nouveaux concepts avec lesquels nous devrons jongler à la suite de cette crise.

Est-ce qu’aussitôt éradiquée cette pandémie sera oubliée? Dans l’euphorie du retour à la normale, oublierons-nous ce virus aussi vite qu’il est arrivé, pour retourner rapidement à nos vies d’avant, sans trop se poser de questions? Est-il trop tôt pour se demander si la crise actuelle changera nos vies de manière durable?

Comme citoyens, consommateurs, donneurs d’ouvrage, promoteurs et architectes, profitons de cette pause afin de réfléchir à nos pratiques. Posons-nous la question collectivement : qu’aurions-nous dû faire, et surtout, que ferons-nous dans l’avenir pour diminuer les impacts d’une telle pandémie sur notre mode de vie?