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Un nouveau règlement pour améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments

10 novembre 2021
Par Mathieu Ste-Marie

Ce nouveau règlement en efficacité énergétique permettra de diminuer l’empreinte écologique des bâtiments commerciaux.

Depuis 1983, le Québec n’avait jamais rehaussé ses exigences en efficacité énergétique alors que l’Ontario et d’autres provinces canadiennes l’avaient déjà fait. Or, la situation a été corrigée à l’été 2020 avec l’entrée en vigueur d’un nouveau chapitre au Code de construction du Québec qui répond aux engagements gouvernementaux de lutte contre les changements climatiques.

Après une période transitoire de 18 mois, les règles seront effectives dès le 27 décembre 2021. À partir de cette date, les nouvelles constructions et les agrandissements de bâtiments commerciaux et industriels ainsi que les édifices d’habitation de plus de trois étages ou de plus de 600 mètres carrés devront se conformer à la nouvelle règlementation.

Celle-ci comprend notamment le rehaussement des caractéristiques thermiques des composantes en contact avec le sol ou avec l’extérieur ainsi que du fenêtrage, des portes avec et sans vitrage, la continuité de l’isolation avec l’obligation d’atténuer les ponts thermiques, la puissance d’éclairage intérieur et extérieur admissible et leurs commandes, la récupération de la chaleur exigée dans les installations de chauffage, de ventilation et de l’air conditionné (CVAC), y compris les piscines, les équipements de réfrigération et les hottes de cuisine commerciales, ainsi que l’isolation thermique des conduits et le calorifugeage de la tuyauterie.

Ces rehaussements et modifications à la règlementation précédente entraineront des bienfaits environnementaux majeurs, souligne la spécialiste en efficacité énergétique à la Régie du bâtiment du Québec, Nathalie Lessard. « Selon le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, d’ici 2030, la nouvelle règlementation permettra de générer une économie d’énergie cumulée d’environ 6 916 térajoules, ce qui correspond environ à 68 617 nouvelles maisons. De plus, ces nouvelles exigences permettront d’éviter une émission de plus de 60 000 tonnes de CO2. C’est comme si nous retirions environ 18 000 voitures des routes du Québec », explique-t-elle.

Nathalie Lessard, spécialiste en efficacité énergétique à la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Crédit : Gracieuseté

Par ailleurs, les nouvelles mesures amélioreront de 27,9 pour cent (%), en moyenne, la performance énergétique globale des bâtiments par rapport aux exigences datant du règlement de 1983. Conséquemment, les propriétaires économiseront environ 20 millions de dollars ($) par année sur leur facture énergétique.

Payant à long terme

Ce changement s’annonce donc payant pour ceux-ci même s’ils devront payer plus cher dès la construction ou l’agrandissement du bâtiment. « Par exemple, un propriétaire qui paie 40 $ le mètre carré lors de la construction du bâtiment pourrait économiser environ 3,70 $ du mètre carré chaque année. Donc, le rendement de l’investissement est de huit ans dans ce cas-là », illustre Nathalie Lessard.

Les avantages de limiter la consommation énergétique tant en chauffage qu’en refroidissement auront un effet boule de neige dans le secteur du bâtiment, prédit, pour sa part, Patrice Lévesque, ingénieur mécanique et formateur externe pour la Corporation des entreprises de traitement de l’air et du froid (CETAF).

Patrice Lévesque, ingénieur mécanique et formateur externe pour la Corporation des entreprises de traitement de l’air et du froid (CETAF). Crédit : Réjean Beaulieu

« Les propriétaires vont se dire : “ Ça ne coute donc pas cher à opérer ce bâtiment ” et ils vont vouloir modifier leurs bâtiments construits avant la mise en place des nouvelles mesures. C’est une grande révolution qui s’en vient. Une révolution qui va donner de l’ouvrage aux entrepreneurs et qui va faire économiser de l’argent au propriétaire. » Selon l’ingénieur, avec ses nouvelles mesures, le Québec devient le chef de file en économie d’énergie et surpasse même l’État de la Californie, un des leaders dans ce secteur.

Une industrie déjà conscientisée

Néanmoins, l’impact des modifications sur les entrepreneurs sera mitigé, avance Nathalie Lessard. « Dans les dernières années, plusieurs entrepreneurs ont construit des bâtiments qui surpassaient les exigences de 1983. Beaucoup de constructions ont eu des certifications environnementales, même sans qu’il y ait de subvention gouvernementale. Une partie du milieu de la construction est donc déjà consciente de l’attention particulière qui doit être portée à l’endroit des ponts thermiques, entre autres. »

Selon elle, les différents acteurs du milieu de la construction ont été consultés et tout le monde est d’accord avec ce nouveau chapitre du Code de construction. Petit bémol, selon Patrice Lévesque : des fabricants pourraient être désavantagés par ces changements réglementaires puisqu’ils n’offrent pas certains des produits dorénavant exigés, notamment les unités complètes au toit (communément appelées Rooftop) pour moduler.

Selon lui, ce nouveau règlement est un important premier pas vers une meilleure utilisation de l’énergie. La prochaine étape sera d’imposer un meilleur contrôle des bâtiments commerciaux. « Penser contrôler un bâtiment sans commande centralisée dans le futur, c’est impossible. Présentement, de gros bâtiments ont un panneau central qui gère tout le bâtiment. Dans le prochain Code [de construction], un simple thermostat au mur pour contrôler une machine au toit, ça n’existera pas », termine l’ingénieur.

Quelques grandes lignes du nouveau chapitre
  • Chaque installation CVAC comportant un refroidissement mécanique de 16 kW et plus doit être conçue avec minimalement un cycle économiseur pour utiliser l’air extérieur afin de réduire la consommation d’énergie.
  • Une installation CVAC entre 18 kW et 79 kW doit posséder minimalement trois étapes de refroidissement mécanique ou posséder un compresseur à vitesse variable pouvant offrir 33 % ou moins de la capacité maximale.
  • Une extraction d’air individuelle de plus de 50 kW de chaleur sensible, calculée selon le différentiel entre la température extérieure de calcul en janvier à 2,5 % et celle évacuée, doit être munie d’un équipement de récupération de chaleur ou d’énergie.
  • Les installations d’extraction d’aide de cuisson commerciale dont le débit cumulé est de plus de 2 360 L/s doivent pouvoir réduire le débit d’au moins 50 % en l’absence d’émanation de cuisson, sinon elles doivent pouvoir récupérer au moins 40 % de la chaleur sensible sur au moins 50 % du débit d’extraction.