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Le Saguenay–Lac-Saint-Jean en première ligne de la transition verte

3 mars 2026

Par Benoit Poirier

La Chambre de commerce et d'industrie Saguenay–Le Fjord (CCISF) organisait, il y a quelques jours, la troisième édition de son RDV Transition Verte. Retour sur cet événement phare.

Tenu le 26 février dernier, l’événement a réuni quelque 325 participants, à l'intention desquels étaient prévus cinq panels et conférences, quatre ateliers spécialisés et un salon d’exposants.

L’événement est né au lendemain du rejet du projet GNL Québec, en 2021, qui visait la construction d'une usine de liquéfaction du gaz naturel et d’un pipeline d’environ 780 kilomètres pour transporter du gaz naturel de l’Ouest canadien jusqu’au Saguenay. « Le projet avait laissé dans la région un goût amer entre tout ce qui s'appelait environnement et économie », relate Sandra Rossignol, présidente-directrice générale de la CCISF. « Nous cherchions une façon de réunir les parties prenantes pour que l'on puisse avoir des conditions gagnantes en vue de créer de la richesse au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il fallait essayer de reprendre le dialogue, d'offrir un espace commun aux parties prenantes concernant les grands enjeux environnementaux, tout en créant un terreau fertile à l'investissement. »

« On avait une brochette diversifiée d'invités et de participants. Je pense que ce qui fait la force de cet événement-là, c'est qu'on peut vraiment prendre le pouls des gens et être en mode solutions afin que cette transition verte-là se concrétise réellement », ajoute Mathieu Laneuville, président-directeur général de Réseau Environnement, qui indique qu'une vingtaine d'organisations liées à l'environnement et au secteur énergétique ont été consultées en amont pour bien préparer la rencontre.

Crédit : Mac Photographie

L’objectif est de fédérer les acteurs de différents secteurs, de briser le travail en vase clos et de favoriser des solutions communes, expliquent les deux organisateurs de cette journée annuelle. Ils estiment que la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean constitue un carrefour stratégique apte à jouer un rôle clé dans la transition verte, tout en soutenant le développement économique régional. Car, insistent-ils, l'économie et l'environnement ne sont pas des antagonistes.

« C'est vraiment une stratégie d'affaires qui est intéressante », poursuit Mathieu Laneuville. « Quand on parle de diversifier nos sources d'énergie, on parle d'efficacité, d'hydroélectricité, d'éolien, de solaire. Il y a tout cela au Saguenay. C'est quelque chose d'unique ! »

« Ce dont on se rend compte, c'est que le reste du Canada nous regarde. Il faut continuer à allier économie et environnement, surtout dans le développement de nouveaux marchés », fait valoir Sandra Rossignol.

Sandra Rossignol, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF). Crédit : MCPhotographe-CCISF

« Certains pays dépensent des milliards de dollars pour transformer leur port en eaux profondes. Puis, on a déjà la géographie et la nature en notre faveur ici », expose Daniel Caramori, vice-président, Engagement du réseau des chambres, à la Chambre de commerce du Canada (CCC), qui représente 400 chambres de commerce à travers le pays.

« On parle de la transformation verte. Mais la réalité, c'est qu'elle se fait déjà ! Dans la décontamination de sites, dans la décontamination de mines, par exemple. Le Saguenay exporte déjà cette expertise partout au Canada, avec des technologies qui sont conçues ici par des entrepreneurs d'ici et qui montrent la voie à suivre. C'est l'une des régions les plus stratégiques du Québec. Elle a tous les atouts. Les entrepreneurs d'ici montrent que c'est possible. Ils sont une source d'inspiration pour tout le Canada. »

La filière solaire, note par exemple Mathieu Laneuville, est très prometteuse, « elle dont le retour sur l'investissement est passé, de façon générale, d'une vingtaine à une dizaine d'années. Ça change la dynamique. » Les occasions d'affaires, fait-il remarquer, y sont de plus en plus nombreuses, telles que l'appel d’offres en cours pour l’acquisition d'un bloc de 300 mégawatts (MW) d’énergie solaire photovoltaïque ainsi que les projets plus modestes mis en service à Varennes et à La Prairie. D'ailleurs, de nouvelles subventions seraient annoncées par Hydro-Québec au début avril, indique-t-il.

Lenteur administrative

Le mot collaboration était sur toutes les lèvres, rapportent les organisateurs de l'événement, qui donnent aux grandes entreprises, tout comme aux PME plus modestes, l’occasion d'être assises à une même table : œuvrer à une meilleure synergie entre les différentes firmes et secteurs de l'économie, mais également obtenir une meilleure collaboration de la part de l'appareil gouvernemental.

Certes, jamais au cours des vingt dernières années il n'y a eu autant de soutien financier pour accompagner les entreprises vers des pratiques plus durables, souligne Mathieu Laneuville, mentionnant au passage les programmes LogisVert, pour le résidentiel, et Solutions efficaces, à l'intention des secteurs commercial, industriel et agricole. « Mais il faut amener de la prévisibilité à travers ça, parce que c'est super important. »

Selon Sandra Rossignol, l'un des enjeux majeurs, au Québec et au Canada, est celui de la lourdeur du processus d'approbation des projets. « Les fonctionnaires ne sont pas nécessairement là pour accompagner les entreprises à grandir, ils sont là pour gérer des programmes. Il n'y a pas ou peu de service à la clientèle pour les PME. Les gens veulent que ça avance, ils veulent contribuer, ils veulent développer des produits pour répondre à la demande, mais c'est extrêmement long. Extrêmement long. C'est décourageant. »

« Ce n'est pas normal qu'il faille autant de temps pour qu'un projet d'infrastructure soit approuvé dans notre pays », se désole Daniel Caramori, « surtout dans un contexte où nos entreprises font actuellement face à un besoin de diversification des marchés, doivent se réinventer, présenter de nouveaux produits, explorer de nouveaux marchés. Ça augmente les coûts et ça freine notre potentiel. » Il plaide pour une accélération des processus d'approbation des projets, tout en respectant les règles environnementales. Aucune entreprise, soutient-il, ne souhaite que les standards environnementaux soient diminués. Elles désirent simplement être soutenues et mieux accompagnées.

Malgré ces doléances, Sandra Rossignol se dit très heureuse de l'énergie qui s'est dégagée de cette journée. « De la solidarité, je dirais. On n'a pas vécu ça souvent, de sentir qu'on a fait la différence, d'agir positivement sur notre communauté, dans une vision d'avenir. »

De gauche à droite :  Mathieu Laneuville, président-directeur général de Réseau Environnement, et Daniel Caramori, vice-président, Engagement du réseau des chambres, de la Chambre de commerce du Canada. Crédits : Réseau Environnement et Chambre de commerce du Canada