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Carbone : indispensable, mais à gérer

13 mai 2026
Par Martin Bouchard, B. Sc., M.A.*

Bâtiment durable Québec CHRONIQUE DE BÂTIMENT DURABLE QUÉBEC
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Comment peut-on mieux gérer le carbone et ses émissions dans le domaine de la construction, qui demeure encore, pour le moment, une industrie émettrice?

La gestion de nos émissions de carbone, en lien avec les changements climatiques, est étudiée depuis un certain temps.

Ainsi, dans le domaine du bâtiment, nous en sommes venus à établir deux grandes catégories d’émissions de carbone : celles provenant du carbone intrinsèque, qui désigne les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux matériaux de construction, et celles découlant du carbone opérationnel, qui renvoie aux émissions de GES provenant de l’exploitation quotidienne d’un bâtiment et qui sont émises tout au long de la durée de vie de celui-ci.

À cet égard, la Commission européenne a récemment rendu public son document de travail intitulé «Supporting life-cycle approaches to decarbonise European buildings». Celui-ci s’avère intéressant pour plusieurs raisons.

Des initiatives porteuses

L’étude préliminaire ayant servi de base à ce document a révélé que l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments est globalement bénéfique du point de vue des émissions de carbone sur l’ensemble de leur cycle de vie.

La réduction significative des émissions opérationnelles compense largement la légère augmentation des émissions intrinsèques souvent associée à une haute performance énergétique. Ce constat s’est vérifié dans toutes les régions et pour tous les types de bâtiments modélisés. Le document de travail reprend l’approche énoncée par le GIEC du cadre SER, combinant:

  • Suffisance (S) qui est un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes permettant d’éviter la demande en énergie, en matériaux, en terres et en eau et visant à les contenir dans les limites planétaires. Cela vise à réduire la demande d’énergie et de ressources tout en assurant le bien-être et le confort des occupants et peut prendre diverses formes, dont une meilleure utilisation des bâtiments existants, la reconversion de bâtiments inutilisés, la priorisation des logements collectifs plutôt qu’individuels, la densification, l’adaptation de la taille des bâtiments aux besoins changeants, etc. Le concept de suffisance renvoie à la sobriété.
  •  L’efficience (E) repose sur l’optimisation de la consommation grâce à des avancées technologiques, qui visent la réduction des ressources utilisées. Elle se concentre sur une amélioration continue et marginale à court terme, en s’appuyant principalement sur les progrès technologiques.
  • Énergies renouvelables (R), soit la réduction de l’impact environnemental de l’approvisionnement en énergie et en matériaux.

Toujours en lien avec le carbone et sa gestion dans les bâtiments, le projet INDICATE LIFE, lancé en octobre 2024, mérite également d’être souligné.

Ce projet, regroupant huit pays européens tels l’Italie et la Croatie, vise à promouvoir le partage des connaissances et l’échange d’expertise technique entre les milieux universitaires nationaux, l’industrie, les gouvernements et les acteurs transnationaux.

L’approche collaborative privilégiée devrait renforcer l’engagement et la mobilisation des parties prenantes, plaçant ainsi INDICATE à l’avant-garde des changements significatifs dans les méthodologies d’analyse du cycle de vie et les politiques de gestion du cycle de vie des matériaux au sein du secteur du bâtiment. Le rapport contient diverses études de cas montrant des possibilités de réduction des émissions, aussi bien en termes de carbone intrinsèque qu’opérationnel.

La réduction des émissions de carbone étant une priorité afin de nous permettre de vivre sur une planète habitable, toutes les industries sont concernées par le contrôle des émissions.

Le bâtiment et l’industrie de la construction ne sont pas en reste, et il revient à l’ensemble de leurs acteurs d’intégrer cette responsabilité à toutes les étapes des projets, de la conception à l’exploitation, en passant par le choix des matériaux, les stratégies énergétiques et la gestion du cycle de vie.

*L’auteur est ambassadeur Fitwel et président du comité des communications de Bâtiment durable Québec.