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La nature vaut son pesant d’or

10 juin 2026
Par Martin Bouchard, B. Sc., M.A.*

Bâtiment durable Québec CHRONIQUE DE BÂTIMENT DURABLE QUÉBEC
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Les environnements naturels nous sont indispensables: ils nous font autant rêver que vivre. Pourtant, ces grands espaces sont souvent vus pour leur potentiel économique, comme des endroits qu’il faut développer. Au-delà de cet aspect, quelle est la valeur de la nature?

Un rapport récent de Goldman Sachs rappelle que 19% du chiffre d’affaires total des organisations faisant partie de l’indice MSCI ACWI IMI Index, un indicateur du marché mondial des actions, présente une dépendance élevée ou très élevée à l’eau. Au 30 avril 2026, la capitalisation boursière totale de cet indice était d’environ 110 882 milliards de dollars américains. On ne peut que constater l’importance de l’eau et de la nature pour l’économie.

Le gouvernement du Canada dévoilait récemment sa stratégie nationale pour protéger la nature. Dans ce rapport, il est estimé que le réseau de Parcs Canada, regroupant 48 parcs nationaux, cinq aires marines nationales de conservation, un parc urbain national, 171 lieux historiques nationaux et neuf canaux historiques nationaux, génère 372 milliards de dollars en services écosystémiques, dont 44 milliards liés à l’approvisionnement en eau douce.

Le communiqué accompagnant le dévoilement de la stratégie canadienne présente de nouvelles mesures regroupées autour de trois grandes orientations:

  1. Protéger la nature
  2. Bien bâtir le Canada
  3. Valoriser la nature et mobiliser des capitaux

Le détail du troisième point stipule que le gouvernement du Canada stimulera les investissements durables du secteur privé qui contribueront à renverser le déclin de la nature. Pour favoriser ces investissements, le gouvernement canadien entend : « [m]ettre sur pied, au printemps 2026, un groupe d’experts sur la comptabilité du capital naturel et le financement de la nature. Ce groupe de travail examinera comment mieux prendre en compte la valeur de la nature et comment l’intégrer dans les processus décisionnels. Il formulera également des recommandations sur de nouvelles politiques, des mesures incitatives et des outils de financement visant à encourager les entreprises et les investisseurs à soutenir la conservation. »

Nous ne savons pas encore dans quelle mesure cette démarche affectera ou non l’industrie du bâtiment, mais la tendance à l’intégration de la nature dans les processus décisionnels semble bien enclenchée.

Dans un guide portant sur l’inscription de la nature dans les rapports financiers, on présentait trois catégories de services rendus par les écosystèmes que les gouvernements devraient mettre en valeur:

  • Les services d’approvisionnement, comme la nourriture, le bois ou l’eau potable;
  • Les services de régulation et de soutien, qui régulent les processus et favorisent la production d’autres services, comme la régulation du climat et du cycle de l’eau;
  • Les services culturels, comme les bienfaits spirituels, récréatifs, physiques ou mentaux.

Il est mentionné à la page 16 de ce guide, avalisé par le Conseil canadien des normes (CCN), qu’il a pour but d’aider les gouvernements locaux à améliorer la structure et l’uniformité des divulgations non auditées au fil de l’évolution des lignes directrices et des normes internationales et nationales sur la nature et la biodiversité.

Selon certains, tel que rapporté par Le Devoir, accorder des valeurs marchandes aux écosystèmes ne peut qu’encourager leur marchandisation et, au final, leur destruction. La nature possède certainement une valeur intrinsèque que nous ne pourrions réduire à une simple donnée financière. Les nombreux rapports produits à ce sujet témoignent du fait que l’attribution d’un prix à la nature peut s’avérer délicate, mais est de plus en plus considérée par différentes instances.

Grâce à l’approche des services écosystémiques, on s’aperçoit que la nature nous rend de fiers services et que les approches financières traditionnelles ont de la difficulté à comptabiliser cet apport. Mieux intégrer la nature à la prise de décisions permettrait de lui redonner le rôle essentiel que nous avons eu tendance à oublier. Au-delà des chiffres, une question demeure: combien vaut une planète habitable?

*L’auteur est ambassadeur Fitwel et président du comité des communications de Bâtiment durable Québec (BDQ).