Aller au contenu principal
x

Mieux penser la résilience climatique dans le bâti

24 mars 2026
Par François Cantin, M. Sc. Arch.*

Bâtiment durable Québec CHRONIQUE DE BÂTIMENT DURABLE QUÉBEC
Consulter toutes les chroniques

Alors que les conditions climatiques évoluent à grande vitesse au Canada comme ailleurs dans le monde, concevoir les bâtiments en fonction du climat de demain devient essentiel pour assurer leur résilience à long terme.

Le climat canadien change rapidement, au point où le Canada se réchauffe à un rythme environ deux fois supérieur à la moyenne mondiale, avec notamment un réchauffement encore plus rapide dans les régions nordiques[1].

Dans ce contexte, il est essentiel que la conception des bâtiments, qui sont généralement érigés pour durer plus de 50 ans, prenne en considération les conditions climatiques futures, comme les températures, les précipitations et les événements extrêmes.

Un code à jour

Avec l’objectif que les bâtiments neufs et rénovés demeurent fonctionnels et résilients sur l’ensemble de leur durée de vie, le Code national du bâtiment (CNB) 2025 intègre désormais des valeurs climatiques de calcul projetées sur une période de 50 ans, plutôt que de considérer uniquement des données historiques, comme c’était le cas auparavant. Ces dernières ne suffisent plus, étant donné que les épisodes de chaleur extrême, de sécheresse et de fortes précipitations soudaines continueront de s’intensifier dans les années à venir.

Cette métamorphose climatique a déjà des impacts concrets sur nos constructions, entre autres une hausse des besoins en climatisation et un potentiel accru de surchauffe. Autrement dit, concevoir avec le passé augmente significativement le risque de sous-performance, de coûts d’exploitation plus élevés et de baisse de confort pour les occupants.

Comme le souligne le Centre canadien des services climatiques, dont la mission est de soutenir la population dans l’adaptation aux changements climatiques, cette évolution du CNB constitue une première à l’échelle internationale : le Canada serait ainsi le premier pays à intégrer directement des projections climatiques à son code du bâtiment[2].

Cette mise à jour découle de plus d’une décennie de collaboration entre plusieurs organismes fédéraux et s’inscrit dans la logique de la Stratégie nationale d’adaptation et en complémentarité avec des efforts déployés dans d’autres codes[3].

Leviers de conception

Au-delà du confort, concevoir en considérant le climat de demain devient plus que jamais un enjeu de santé et de résilience. À titre d’exemple, il se pourrait qu’un édifice multirésidentiel récemment érigé, conforme à la réglementation en vigueur au moment de sa conception et performant sur papier, s’avère difficilement habitable lors d’épisodes de chaleur intense au cours des prochaines années.

Alors que la tentation de combattre la « surcharge climatique » par l’implantation de systèmes mécaniques toujours plus puissants et davantage énergivores (et souvent plus volumineux) peut être grande, les professionnels auront plutôt avantage à intégrer diverses stratégies passives à leur concept.

1) Limiter les gains solaires

L’occultation solaire obtenue à l’aide d’auvents, de brise-soleils, de balcons et de la végétation avoisinante permet de bloquer les gains solaires avant qu’ils ne trouvent leur chemin jusqu’à l’intérieur. Ces dispositifs, combinés à une calibration rigoureuse du ratio fenêtres : murs et accompagnés d’une sélection de vitrages cohérente avec l’orientation des façades, constituent la base d’une conception sensible et résiliente.

2) Tirer profit de la masse thermique

Un usage avisé de la masse thermique (dalles sur sol, planchers, murs intérieurs, etc.) peut contribuer à amortir les pointes de chaleur et à aider à stabiliser les températures intérieures de manière passive. L’objectif n’étant pas de multiplier les surfaces de masse thermique, mais plutôt de combiner inertie thermique, gains solaires et stratégie de purge nocturne de chaleur au sein d’une même réflexion.

3) Offrir du contrôle

Le confort est avant tout une expérience offerte aux occupants, d’où l’importance de préconiser des stratégies de contrôle efficaces et conviviales. Lorsqu’il a la possibilité d’intervenir dans une situation jugée inconfortable (ex. : ouvrir une fenêtre, abaisser ou remonter une toile solaire, etc.), un occupant affiche généralement un niveau de satisfaction supérieur. En bref, la possibilité d’action vaut parfois autant qu’un degré de moins ou de plus.

Bien qu’elles requièrent généralement des investissements initiaux plus importants, ces stratégies s’avèrent d’ores et déjà pertinentes, et leur valeur ajoutée continuera de croître. Dans un contexte climatique projeté, il incombe désormais aux professionnels de proposer une conception encore plus robuste en ce qui a trait à l’enveloppe, aux ouvertures, aux systèmes mécaniques et à la durabilité, et de justifier ceux-ci en démontrant leurs impacts positifs en termes de performance, de résilience et de confort.

*L’auteur est associé, directeur avant-garde et chargé de projet chez Coarchitecture, stratégiste du milieu de travail et spécialiste du confort de l’occupant, formateur à la faculté des sciences et de génie de l’Université Laval et pour Formations Infopresse, ainsi que bénévole pour Bâtiment durable Québec (BDQ).


Sources :