Par Laetitia Arnaud-Sicari
Quel bilan pour le premier bâtiment privé certifié LEED Platine N-C (version 2009) au Québec, dix ans après sa mise en service ?
En 2015, la firme imagine ses nouveaux bureaux : un bâtiment de 922 mètres carrés sur deux niveaux, situé à la Pointe d’Estimauville, à Québec. Dès les premières étapes de conception, STGM Architecture vise un haut niveau de performance en matière de construction durable.
Cette même année, Ambioner — firme d’ingénierie spécialisée en électromécanique — procède à une simulation énergétique du futur siège social. Une réduction de 52 % de la consommation énergétique, par rapport à un bâtiment de référence, est alors estimée. Cette performance s’appuie notamment sur une enveloppe performante, un mur solaire et un système d’aérothermie. La consommation prévue s’élevait à 85 kWh/m²/an.
En 2016, soit un an après la mise en service du bâtiment, un suivi de la performance réelle est réalisé à l’aide d’un outil développé par Ambioner. Résultat : une consommation mesurée de 115 kWh/m²/an.
Deux facteurs principaux expliquent cet écart, selon Marie-France Stendal, directrice en développement durable chez STGM Architecture. « D’une part, notre maîtrise des simulations intégrant un système d’aérothermie était encore limitée à l’époque, et le coefficient de performance (COP) utilisé pour le système à débit de réfrigérant variable (VRF) s’est révélé trop optimiste. D’autre part, la consommation liée aux charges non réglementées — c’est-à-dire les appareils branchés par les usagers — a probablement été sous-estimée », explique-t-elle.
Un écart sous contrôle
Sur l’ensemble de la décennie, l’écart moyen entre la consommation réelle et les estimations initiales est demeuré dans une marge de ±10 %. Un résultat jugé cohérent avec les prévisions de départ, d'après Mme Stendal.
Les résultats en matière de carbone opérationnel sont tout aussi probants. Grâce à une conception écoénergétique et à l’utilisation d’hydroélectricité comme source d’énergie primaire — dont le facteur d’émission a été ajusté pour inclure les pointes de consommation couvertes par des sources fossiles — seules 10 tonnes de CO₂e ont été émises en dix ans, soit environ 10 kg CO₂e/m².
« Si ce même bâtiment avait été construit en Alberta, il aurait généré environ 600 tonnes de CO₂e en 10 ans, et jusqu’à 850 tonnes en Saskatchewan, en raison d’un mix énergétique beaucoup plus carboné. Cela montre l’importance de combiner performance énergétique et recours aux énergies renouvelables pour réduire substantiellement l’empreinte carbone d’un bâtiment », illustre-t-elle.
L’experte insiste sur l’importance d'effectuer un suivi de performance. « Trop peu de bâtiments font l’objet d’un suivi en phase d’exploitation. Or, ce retour d’expérience est essentiel pour valider nos hypothèses de conception, améliorer nos pratiques et renforcer la crédibilité de nos engagements. Aujourd’hui, on parle beaucoup de carbone intrinsèque, mais il ne faut pas négliger l’impact du carbone opérationnel, ni l’importance du choix des sources d’énergie dans toute stratégie de décarbonation du secteur du bâtiment », souligne Marie-France Stendal.
Architecture : STGM Architecture
Design intérieur : STGM Architecture et IDEA
Ingénierie en structure : Groupe Alco (structure générale) et Structures RBR (fermes et poutrelles)
Ingénierie en mécanique : Ambioner
Ingénierie civile : Norda Stelo
Entrepreneur : Construction E. Huot
Aménagement paysager : Les Urbainculteurs

