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Décarbonation : un virage ambitieux pour l’Université Concordia

22 octobre 2025

Par Cynthia Bolduc-Guay

Avec l’appui de Johnson Controls, l’université montréalaise accélère sa transition énergétique en lançant un premier projet pilote : la rénovation en profondeur du pavillon Guy-De Maisonneuve, appelé à devenir un laboratoire vivant et un espace d’expérimentation.

En 2023, l’Université Concordia s’est dotée d’une vision pour l’avenir : le PLAN/NET-ZÉRØ. Son but : décarboner l’entièreté de ses deux campus d’ici 2040, soit un total de près de 80 bâtiments. 30,7 millions de dollars seront injectés dans les différentes phases du projet.

Pour le réaliser, l’Université a choisi de commencer par la réfection de son pavillon Guy-De Maisonneuve, situé dans le centre-ville de Montréal. Les travaux ont débuté au mois d'octobre.

Datant de 1966, le bâtiment nécessitait une mise à niveau de ses espaces intérieurs ainsi que de ses systèmes mécaniques et électriques. L’édifice de 11 étages, situé au-dessus de la station de métro Guy-Concordia, présentait aussi la particularité d’offrir une diversité d’espaces intérieurs, dont des salles de cours et de recherche, une clinique médicale et des espaces administratifs, diminuant ainsi l’impact sur la communauté étudiante.

« Étant donné qu’on était quand même très ambitieux dans le modèle de projet, on voulait vraiment se garder une certaine flexibilité, mais on voulait avoir un projet, un pavillon qui était significatif, dont on allait pouvoir tirer des leçons qu’on pourrait ensuite déployer à l’ensemble », résume Marie-Claude Lavoie, vice-rectrice associée à la gestion immobilière à l’Université Concordia. Elle ajoute qu’il s’agissait aussi d’un geste fort, puisque le bâtiment abrite les bureaux de la haute direction qui appuie le projet.

Performance élevée

Dès l’appel d’offres, l’Université Concordia a mis cartes sur table : elle cherchait un partenaire qui l’aiderait à atteindre une certification LEED v5 Or, WELL de niveau bronze, ainsi que les normes du Bâtiment à carbone zéro (BCZ) du Conseil du bâtiment durable du Canada. Son objectif consistait non seulement à éliminer les émissions de GES d’un point de vue énergétique, mais aussi à réduire de moitié sa consommation. Elle visait également une réduction de 25 % de sa consommation d’électricité en période de pointe hivernale, en plus de vouloir limiter le recours à l’énergie fossile à 5 %. De plus, elle souhaitait s’assurer que ces objectifs soient maintenus pendant une période de 10 ans après la fin des travaux, si bien que la firme retenue devait non seulement réaliser la rénovation du pavillon, mais également opérer le bâtiment avant de le remettre entre les mains de l’Université Concordia.

« On voulait aussi des objectifs de performance reliés au maintien d’actif », précise Marie-Claude Lavoie. Ainsi, l’Université a demandé à ce que l’indice de vétusté physique du bâtiment soit inférieur à 5 % à la fin de la phase de conception/réalisation, alors qu’il est actuellement de 11,7 %.

D’ailleurs, contrairement à un appel d’offres traditionnel, l’Université Concordia donnait carte blanche aux soumissionnaires quant à la façon d’atteindre ces objectifs, à travers sept étapes différentes, ouvrant ainsi la porte à l’innovation.

« Ça nous a laissé place à pas mal plus d’imagination, […] de créativité que ce que l’on voit normalement dans les appels d’offres standards », souligne Jean Thibeault, directeur Infrastructure durable – Région Québec et projets fédéraux chez Johnson Controls, la firme retenue comme partenaire du projet.

Un laboratoire vivant

« La première chose qu’on a dû regarder, c’est [quels équipements ils ont déjà], puis [quel est leur bilan de consommation énergétique] », explique Jean Thibeault.

Au final, Johnson Controls a opté pour une approche permettant d’électrifier le plus possible le bâtiment, en combinant notamment des technologies de thermopompe air/eau, de récupération de chaleur, des systèmes d’humidification adiabatique, des contrôles d’occupation et plus encore. Cette stratégie permettra de réduire la consommation d’électricité lors des périodes de pointe hivernales.

De plus, son équipe devait identifier des axes de recherche avec l’Université Concordia afin d’utiliser le pavillon Guy-De Maisonneuve comme laboratoire vivant. En tout, trois axes ont été retenus : la revalorisation des rejets thermiques et la récupération de chaleur ; la gestion des conditions environnementales (température, humidité, électricité, etc.) ; et la gestion des espaces (détecteurs de présence et sensibilisation des occupants à l’économie d’énergie).

Afin de permettre aux chercheurs et aux étudiants d’analyser les données du bâtiment et d’effectuer des simulations, Johnson Controls mettra à leur disposition sa plateforme numérique OpenBlue, qui crée notamment un jumeau numérique du pavillon rénové. Ces recherches se feront en parallèle de la rénovation, prévue pour s’échelonner sur 18 à 24 mois, mais se poursuivront également pendant la phase d’opération de 10 ans.

« Il y aura beaucoup de sondes, de détecteurs de présence, des compteurs d’énergie », précise Jean Thibeault.

D’ailleurs, les équipements qui seront installés ne seront pas dimensionnés pour répondre à une seule application concrète, afin de pouvoir les modifier et les optimiser pour atteindre des performances supérieures, notamment en travaillant directement avec les fournisseurs, au besoin.

En parallèle de la réfection du pavillon Guy-De Maisonneuve, l’Université envisage de mettre en branle un second projet pilote, cette fois sur le campus Loyola. L’Université Concordia voit dans son PLAN/NET-ZÉRØ une réelle contribution à un avenir plus écoénergétique.

« C’est un défi de société, c’est un des plus grands défis auxquels on devra faire face. Si on savait exactement tout ce qu’on doit faire, on le ferait déjà. Donc on doit apprendre comment le faire en le testant, puis ensuite en le partageant avec les autres pour qu’ils [puissent] le déployer à plus grande échelle », conclut Marie-Claude Lavoie.

Équipe de projet

Donneur d'ouvrage : Université Concordia

Partenaire : Johnson Controls

Firme d'architecture : Provencher_Roy

Firme d'ingénierie : BPA