Par Cynthia Bolduc-Guay
Inauguré le 4 septembre dernier, le nouveau bâtiment abritant la Maison Eurêka, à Shawinigan, est la preuve qu’il est possible de faire plus… avec moins.
Ressource en dépendance depuis 28 ans, la Maison Eurêka saisit, en 2018, l’occasion d’agrandir ses espaces, alors situés dans un presbytère, en achetant un ancien motel.
Ce bâtiment de deux étages s’impose comme un choix évident, puisqu’il est déjà doté de nombreuses commodités nécessaires à l’accueil de grands groupes, notamment plusieurs chambres avec salles de bain privées, une grande cuisine institutionnelle, des espaces de bureaux, ainsi que des salles de réception pouvant être aménagées en salles d’ateliers et de formation. Le tout est situé sur un terrain de 27 914,7 mètres carrés.
La subvention qui change tout
Mais dès 2021, le bâtiment, datant de 1977, révèle une toiture en fin de vie.
Portée par la planification stratégique de l’organisme, France Bouffard, directrice générale de la Maison Eurêka, y voit une opportunité d’intégrer des éléments de développement durable dans le projet de réfection. « Ma première idée, ç’a été : est-ce qu’on peut refaire la toiture, mais en faire une verte et intelligente ? », se rappelle-t-elle.
En cherchant des leviers financiers pour ce projet, la directrice découvre le programme Bâtiments communautaires verts et inclusifs du gouvernement fédéral. Celui-ci vise notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des bâtiments, tout en augmentant leur efficacité énergétique.
Pour répondre aux critères d’admissibilité de ce programme, une analyse de l’efficacité énergétique du bâtiment est alors réalisée — une étape rendue possible grâce au fonds Écoleader. « À travers ce programme-là, on a réalisé qu’on pouvait faire un projet d’envergure, parce qu’il finance 80 % de l’initiative », explique Mme Bouffard.
C’est à ce moment-là que France Bouffard comprend qu’elle peut réaliser bien plus que la réfection de la toiture. Le projet prend alors de l’ampleur.
L’intelligence artificielle à la rescousse
En octobre 2021, Mme Bouffard entre en contact avec vadiMAP, une entreprise québécoise qui soutient la transition énergétique des bâtiments à l’aide de l’intelligence artificielle. Ensemble, ils réfléchissent à la stratégie à adopter et aux technologies à utiliser dans ce projet afin d’obtenir la meilleure rentabilité possible avec l’argent investi.
Première étape : récolter les informations pertinentes à l’aide d’un questionnaire en ligne. « On a un expert en efficacité énergétique de notre côté qui va réaliser le questionnaire en ligne avec la Maison Eurêka pour vraiment comprendre les priorités, les objectifs, mais aussi comprendre le bâtiment », explique Samuel Durette, directeur de projet chez vadiMAP.
Vient ensuite la prescription, propulsée par l’intelligence artificielle, qui simule de nombreuses solutions énergétiques, autant en efficacité énergétique qu’en énergie renouvelable, pour présenter un plan de transition adapté à l’organisme. Cette étape comprend également la simulation des coûts, la recherche de subventions, l’orientation des panneaux solaires et leur nombre, ainsi que la quantité de batteries nécessaires.
Des stratégies pleines de sens
Les solutions retenues ne tiennent pas du hasard. « On voulait avoir le meilleur impact possible, affirme la directrice de la Maison Eurêka. Nous, une des factures les plus importantes ici, c’est l’électricité. […] On voulait avoir une économie à ce niveau. »
Grâce aux stratégies mises en place, l’organisme améliore sa résilience énergétique. En cas de panne, les batteries offrent une autonomie de 7,5 heures, tandis que les 80 panneaux solaires installés sur le toit génèrent environ 20 % de l’énergie consommée chaque année. Le nanoréseau électrique permet également à la Maison Eurêka de participer à la gestion des pointes de consommation d’Hydro-Québec.
À l’intérieur du bâtiment, des thermostats intelligents ont été installés, auxquels s’ajoute le remplacement de près de 90 % du système d’éclairage par de la technologie DEL équipée de gradateurs pour un meilleur confort, ainsi que l’installation de capteurs de mouvement dans certains secteurs stratégiques. Un nouveau système de chauffage et de climatisation performant, avec thermopompes, a également été mis en place.
L’installation d’une hotte intelligente dans la cuisine, un lieu important de la vie du centre, s’est révélée essentielle pour améliorer l’efficacité énergétique du bâtiment. Elle est dotée de capteurs permettant de moduler la vitesse de l’appareil en fonction de différents facteurs contribuant au « confort du chef », dont la température ambiante et les particules de vapeur.
Au niveau de la toiture, les travaux ont permis de renforcer la structure en bois, d’améliorer la ventilation de l’entretoit, ainsi que de moderniser et d'ajouter de l'isolation. De l’uréthane giclée a été appliquée en périphérie de l’entretoit, tandis qu’une membrane soufflée en carton recyclé a été utilisée pour le reste de la surface.
Au total, ces interventions, représentant un investissement de plus de 900 000 dollars, ont permis de réduire les coûts liés à la consommation d'énergie de 16 700 dollars par an, soit une baisse de 37 % de la facture annuelle. L’empreinte carbone a également été diminuée de 9,7 tonnes d’équivalent CO₂.
Au-delà des économies d’énergie, la gestion des déchets a aussi été optimisée. « Les rebuts ont été contrôlés aussi », souligne fièrement France Bouffard. L’ancienne unité de hotte a notamment été démantelée afin de récupérer les métaux lourds, évitant ainsi leur enfouissement.
Toiture et isolation : BoyerDurette Rénovations
Nanoréseau et éclairage : Gercolec
Électriciens (thermopompes) : M&B Construction
Hotte de cuisine intelligente : Intellinox et Aubin Pélissier
Thermostats intelligents : Demtroys
Génie structural : EMS Ingénierie
Génie électrique : CIMA+
Fournisseur des thermopompes : Bourque Réfrigération
Parrain du projet – concertation : Centre d'excellence en efficacité énergétique (C3E)


