CHRONIQUE DE STGM ARCHITECTURE
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Le Québec aime se présenter comme exemplaire en matière de transition énergétique, fort de sa domination hydroélectrique. Et c’est vrai que ce succès fait notre fierté. Mais derrière cette image, la réalité est plus complexe.
Pour viser réellement la carboneutralité, il faut regarder l’ensemble de nos usages et de nos sources d’énergie — au-delà du mythe du « 100 % hydro ».
Produire une électricité à plus de 95 % hydraulique est une performance que plusieurs nous envient. Mais limiter l’analyse à la seule production électrique, c’est oublier une partie majeure du tableau.
En 2025, l’hydroélectricité ne représente que 54 % de toute l’énergie primaire consommée dans la province. L’énergie primaire, c’est l’ensemble de ce qui nous fait rouler, chauffer et produire. Et là, le constat est clair : près de la moitié de notre consommation repose encore sur les combustibles fossiles. Certes, l’éolien, le solaire et la biomasse progressent, mais timidement.
Regard croisé
Comparer le Québec à l’Alberta met en relief la complexité du paysage énergétique canadien. En Alberta, l’électricité et l’énergie primaire proviennent encore à 97 % des combustibles fossiles. Le Québec fait nettement mieux, mais il ne peut ignorer sa dépendance aux hydrocarbures. Cette différence apparaît clairement dans le tableau 1, qui compare la part d’hydroélectricité et d’énergie fossile entre le Québec et l’Alberta.
Cette différence rend les stratégies de décarbonation plus difficiles à expliquer. Chaque province a ses défis, ses priorités, son rythme. Au Québec, croire que notre hydroélectricité suffit à nous sauver, c’est prendre du retard dans l’action nécessaire.
Où va notre énergie ?
L’hydroélectricité est notre atout majeur, mais elle ne règle pas tout. Le transport et le chauffage des bâtiments restent très dépendants du pétrole et du gaz naturel. L’industrie, elle aussi, émet massivement en raison d’énergies fossiles importées. La biomasse s’installe peu à peu, mais encore marginalement. Comme le montre le tableau 2, les combustibles fossiles représentent encore 39 % de l’énergie primaire consommée au Québec.
Réduire nos émissions passe donc par une électrification massive : véhicules, autobus, camions, mais aussi chauffage résidentiel et industriel. Cela suppose aussi d’élargir notre bouquet d’énergies renouvelables pour remplacer graduellement les combustibles fossiles et assurer une meilleure sécurité énergétique.
Un défi collectif
Atteindre la carboneutralité d’ici 2050 demandera bien plus qu’un simple « verdissement » de notre électricité. C’est une transformation en profondeur : électrifier les transports et les bâtiments, moderniser le chauffage, renforcer l’efficacité énergétique dans chaque secteur.
L’attrait pour une électricité « propre » ne doit pas faire oublier que la majorité de l’énergie consommée reste encore hors du mix hydroélectrique. Cela implique de revoir certains réflexes collectifs et de mobiliser tous les acteurs — citoyens, entreprises, pouvoirs publics.
Le Québec a une base enviable, mais croire à une solution unique serait une erreur. La transition énergétique n’est pas qu’une affaire de barrages. C’est une affaire de diversité, de choix collectifs et d’ambitions partagées.
Pour avancer, il faut élargir le regard. Reconnaître la réalité, assumer nos dépendances et accepter de transformer nos usages. C’est à ce prix que la carboneutralité deviendra possible.
*L’autrice est architecte et directrice en Développement durable chez STGM Architecture.



