CHRONIQUE DE BÂTIMENT DURABLE QUÉBEC
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En cette période d’incertitude économique, alors que les gouvernements provincial et fédéral réajustent leurs priorités, souvent à la baisse dans le cas de la lutte contre les changements climatiques, le soutien à l’action climatique, trop souvent sous-estimé par les décideurs, demeure une force inestimable.
L’appel à l’unité engendré par l’incertitude amène une partie de la population à être aspirée par une « spirale du silence », phénomène voulant que les individus, de peur d’être isolés ou rejetés, soient moins disposés à exprimer une opinion divergente allant à l’encontre d’une idée qui peut leur sembler majoritaire.
Cette retenue peut alors créer un cercle vicieux où les citoyens se retiennent ou se taisent, contribuant ainsi à renforcer l’idée que l’opinion majoritaire est encore plus largement partagée. Après tout, qui voudrait être coupable de rompre la solidarité en ces temps d’incertitude ?
Pourtant, les décideurs sous-estiment l’appui à l’action climatique. [1] Un article publié en 2024 dans la revue Nature Climate Change[2] souligne que les problèmes communs et globaux nécessitent des institutions et des actions politiques concertées.
L’article rappelle aussi que les sciences comportementales ont montré que les individus peuvent être qualifiés de coopérateurs conditionnels. Autrement dit, ils sont plus motivés à agir pour le bien commun s’ils croient que les autres font de même. L’étude analyse donc la disposition des personnes à contribuer au bien commun et leur perception de celle des autres.
Pour réaliser leur étude, les auteurs ont distribué un sondage auprès d’un échantillon de la population mondiale réparti dans 125 pays, représentant 96 % des émissions de gaz à effet de serre, 96 % du produit intérieur brut mondial et 92 % de la population. L’échantillon comptait plus de 129 000 individus.
Pour les auteurs, la conclusion issue de leurs travaux se veut encourageante. Selon l’étude, environ deux tiers de la population mondiale se disent prêts à engager des dépenses personnelles représentant plus d’un pour cent de leur revenu pour lutter contre les changements climatiques. Au Canada, c’était le cas pour 48,7 % des répondants. L’écrasante majorité (89 %) des sondés exigent une action politique de leur gouvernement et soutiennent les normes en faveur du climat. Au Canada, cette majorité se situe à 82,5 %. Cela indique que le monde est relativement uni sur la question de la nécessité d’agir face aux changements climatiques.
Bien des études ont démontré qu’investir dès maintenant en atténuation et en adaptation aux changements climatiques, par exemple dans le secteur du bâtiment, peut s’avérer rentable. Certaines études mentionnent des ratios de l’ordre de 13 à 15 pour 1 : « En effet, ces investissements rapportent des dividendes substantiels, affichant un ratio coûts-bénéfices d’environ 13 à 15, c’est-à-dire que chaque dollar investi en adaptation génère 13 à 15 $ de bénéfices. »[3]
Un récent rapport français datant de septembre 2025 et émanant de la Cour des comptes mentionne également que « [l]es bénéfices de la transition se manifestent souvent à long terme et ne profitent pas directement à ceux qui ont engagé les investissements, comme l’a rappelé en 2015 Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre. »[4]
Si gouverner est prévoir, quelle place doit-on accorder au court, au moyen et au long terme dans l’exercice de prévision ?
*L'auteur est Ambassadeur Fitwel et président du comité des communications de Bâtiment durable Québec (BDQ).

