Dans un souci de cohérence et d’exemplarité, le microréseau électrique de Lac-Mégantic se pose en tant qu’emblème de la transition énergétique au Québec.
6 juillet 2013. L’histoire a fait le tour du monde alors que le cœur même du centre-ville de Lac-Mégantic disparaissait lors du déraillement d’un train de wagons-citernes qui transportait 7,7 millions de litres de pétrole brut et dont quelque 6 millions de litres se sont déversés, créant ainsi une série d’explosions et un incendie dévastateur. L’une des pires tragédies ferroviaires au Québec qui, rappelons-le, a coûté la vie à 47 personnes, mais aussi l’une des plus grandes catastrophes environnementales terrestres du Canada, voire de l’Amérique du Nord.
« Il n’était pas question que ce drame ne soit qu’un fait de notre histoire, mais plutôt qu’il serve d’élément pour nous redéfinir ; un levier pour nous amener complètement ailleurs », expose d’entrée de jeu Mathieu Pépin, chargé de projets en transition énergétique à la Ville de Lac-Mégantic.
Face à cette tragédie, un constat s’impose d’office pour la Ville : il faudra un certain temps pour décontaminer. Ensuite, il faudra bien se reconstruire. Et comment ? « Par le biais d’une collaboration faisant intervenir la communauté. C’est le fruit de notre vision », répond sans équivoque Mathieu Pépin.
Trois objectifs ont donc été retenus par la population : ne pas imiter le passé, faire honneur au passé et se reconstruire différemment. « En d’autres mots, la mission consistait à se reconstruire dans un cadre plus vert, à l’échelle humaine, et à se détourner le plus possible des carburants fossiles qui ont brûlé notre cœur », tient à préciser Mathieu Pépin.
Une occasion en or pour un partenariat gagnant
La reconstruction du centre-ville offrait une opportunité unique non seulement aux Méganticois de démontrer leur volonté de se détourner des énergies fossiles, mais aussi à Hydro-Québec de se repositionner afin d’atteindre son ambition d’être le leader de la transition énergétique.
Une rencontre qui intervient à un moment opportun, donc, autant pour Lac-Mégantic, qui cherchait quelque chose de fort pour marquer sa reconstruction en embrassant les énergies renouvelables, que pour Hydro-Québec, qui s’est vue offrir l’opportunité de tester un modèle en région.
Comme le souligne Patrick Martineau, chef de l’innovation du système énergétique, solutions innovantes communautaires chez Hydro-Québec, plusieurs discussions ont eu lieu entre la Ville et Hydro-Québec. « D’abord parce que, à la suite de cette tragédie, la Ville avait une vision pour un plan stratégique et pour se réinventer, et de notre côté, nous avions un réseau à reconstruire au centre-ville. Dans un tel contexte, nous nous sommes investis encore plus avec la municipalité. Il s’agissait d’un moment-clé, puisque nous avions aussi la vision d’intégrer les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et le stockage. C’était émergent dans nos pratiques d’affaires, ce qui fait que nous étions à la croisée des chemins de notre côté aussi. »
De l’aveu de Patrick Martineau, l’humilité compte parmi les fondements du partenariat entre Hydro-Québec et la Ville de Lac-Mégantic. « Nous avions une certaine humilité par rapport à ces nouvelles technologies, et le but, c’était d’apprendre ensemble, en mode collaboratif, pour mieux préciser les limites et les portées de ces technologies. De ce fait, un élément de confiance s’est bâti. »
Le partenariat entre la Ville de Lac-Mégantic et Hydro-Québec poursuit aussi l’objectif fort de tester un concept qui pourrait être adapté et reproductible dans d’autres communautés non raccordées et vivant sur les énergies fossiles. « Un gros avantage pour Hydro-Québec de tester un modèle en région beaucoup plus accessible. Et de notre côté, nous étions prêts à devenir une terre d’innovation en lien avec l’électricité, et de constituer une vitrine technologique, c’est-à-dire prêter notre communauté à cette vitrine-là », souligne le chargé de projets à la Ville de Lac-Mégantic.
Et de renchérir Patrick Martineau : « L’un des objectifs était d’utiliser la technologie pour la gestion de la production d’énergie renouvelable près d’un centre de consommation. On s’intégrait dans un centre-ville, ce qui est bien différent d’un poste où on est loin des grands centres. Il fallait aussi maîtriser des échanges bidirectionnels. Et c’est sans compter la gestion de l’énergie en période de pointe hivernale. Il faut dire qu’en 2018-2019, on en entendait moins parler, mais aujourd’hui les gens comprennent bien. Et le dernier point, c’est vraiment de transposer ce concept plus largement à l’échelle du réseau. »
Projet en évolution
Dès la signature de l’entente en février 2018, Hydro-Québec s’est rapidement mise à la tâche pour réaliser la conception. Et un an plus tard, soit en 2019, un appel d’offres a été lancé. S’en est suivi, en 2020, le début de la construction. Puis, le 6 juillet 2021 — et la date n’est pas fortuite, puisqu’il s’agissait du 8e anniversaire de la tragédie —, le tout premier microréseau du Québec est inauguré. « Et depuis 2021, le projet n’est pas terminé, indique Mathieu Pépin. Hydro-Québec optimise et raffine ses opérations, notamment l’îlotage. Et pour notre part, et ça ne va pas de soi, nous devons rendre tangible l’expérience vécue par la communauté. »
Des technologies des plus avancées
Véritable laboratoire vivant de Mégantic, le microréseau s’appuie sur des composants technologiques à la fine pointe qui incluent notamment 2 179 panneaux solaires totalisant 704 kW de puissance installée, des batteries pouvant emmagasiner 678 kWh d’énergie, un système de commande centralisé, des appareils de domotique, une borne de recharge pour véhicules qui est « la première borne de recharge alimentée en partie par de l’énergie solaire, ici, au centre-ville de Lac-Mégantic », tient à spécifier Mathieu Pépin.
Il mérite d’être souligné que le périmètre du microréseau comprend environ 30 bâtiments, autant commerciaux, institutionnels que résidentiels, tous raccordés au contrôleur, à l’exemple d’un petit parc solaire, de la caserne de pompiers, de la MRC, de Service Canada, de la gare, etc.« Il y a même un pavillon en plein cœur du centre-ville qui se veut un lieu d’éducation où l’on peut voir de près ce qu’est un panneau solaire. Il y a aussi quelques panneaux d’interprétation et une borne interactive qui présente les données de consommation en temps réel, la production d’énergie solaire ainsi que le taux de recharge de la batterie », mentionne Mathieu Pépin.
Force est de constater que l’objectif principal du microréseau, à savoir faire la démonstration de l’intégration des ressources énergétiques décentralisées (RED) afin de déployer ce modèle, a été atteint.
Patrick Martineau en profite pour rappeler la complexité du projet : « Dans un projet d’innovation comme celui-là, on jauge toujours si on veut innover et à quel point le projet devient complexe et risqué. Donc, en matière d’exemplarité, on voulait trouver un juste niveau d’innovation, et on pense qu’on a bien trouvé. »
Et parlant d’exemplarité, le projet Le Chevalier vient immédiatement à l’esprit. Il s’agit d’une salle communautaire de 200 places assortie de 21 logements sociaux et abordables dotés de thermopompes, de panneaux solaires hybrides qui préchauffent l’eau domestique et qui alimentent en électricité les aires communes. « Nous avons des accumulateurs thermiques, ajoute Mathieu Pépin, et même du chauffage par briques, c’est-à-dire qu’on chauffe les briques la nuit, et le jour, quand Hydro nous demande de faire attention, on coupe le chauffage et on pousse la chaleur avec un petit ventilateur. Ainsi, le confort est conservé tout en faisant de la gestion de la pointe. »
Une machine à voyager dans le temps
Aux yeux de Patrick Martineau, le microréseau s’apparente presque à une machine à voyager dans le temps : « Peut-être avons-nous amené le réseau du futur, mais en avance. Le taux de saturation de panneaux solaires que nous avons à Mégantic, nous ne verrons pas ça d’ici des années. Mais nous avons pu expérimenter quel serait l’impact sur le réseau avec des taux de pénétration très élevés d’énergie solaire. Et nous sommes confiants qu’avec ce qu’on a mesuré, il sera possible de transposer sur le réseau principal. »
Comme le fait remarquer Mathieu Pépin, le laboratoire à ciel ouvert que représente le microréseau est aussi un laboratoire humain. « Mettre une communauté en marche et créer le mouvement de la transition, c’est ça qui est innovant et qui va parler au reste du Québec beaucoup plus que des panneaux solaires », croit-il.
Et l’expérience n’est pas finie, bien qu’il y ait certains résultats. Par exemple, d’un point de vue technique, réussir des opérations d’îlotage sur des périodes de six ou sept heures complètement déconnectées du réseau d’Hydro-Québec.
Il y a des résultats technologiques, certes, mais pour l’humain, il reste quand même encore du travail à faire, notamment dans la transposition du concept, afin de mieux le faire comprendre aux gens. « Nous avions l’intuition, et aujourd’hui c’est vraiment une affirmation, que la transition énergétique, ce n’est pas qu’une affaire de technologies. C’est beaucoup plus une expérience humaine de transformation sociale. C’est pour cette raison que la Ville a un énorme rôle à jouer dans la transition énergétique. Ce n’est pas juste le fédéral ou le provincial qui dicte les grandes règles, car le gouvernement qui a le plus gros levier communautaire, ce sont les municipalités, et notre rôle est de faire circuler cette information et de créer le bon écosystème », conclut-il.
- La création d'un écosystème favorable à la transition énergétique ;
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Le renforcement des capacités locales, de l'expertise et des connaissances de l'énergie, notamment de l'électricité ;
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Le renforcement de la résilience énergétique ;
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Apprentissages techniques, particulièrement en matière d'intégration des énergies renouvelables ;
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L'intégration dans les communautés et le lien avec les municipalités.
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La Ville de Lac-Mégantic qui a porté le projet et le bureau de reconstruction
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Hydro-Québec : promoteur, propriétaire de l'actif, responsable de la maintenance et de l'exploitation ;
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Filiales d'Hydro-Québec : stockage d'énergie EVLO, mandataires du promoteur chargés de la fourniture du système de stockage centralisé et de l'exploitation du microréseau ;
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Fournisseurs externes : TCI-CIMA+ et SGS-Stace, mandataires du promoteur chargés de l'ingénierie, de la fourniture et de la construction du microréseau ;
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Ressources naturelles Canada pour son importante contribution financière.
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Système de stockage d'énergie dans les bâtiments qui représente le noyau de l'intégration des énergies renouvelables décentralisées
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Système de commande centralisé qui se veut le cerveau du microréseau et qui gère l'ensemble de ses composantes interconnectées de façon automatique et dynamique
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Technologies d'automatisation du réseau de distribution : « Nous en verrons de plus en plus, car ceux-ci permettent de rétablir des clients. Donc le réseau devient de plus en plus intelligent et de plus en plus résilient », assure Patrick Martineau.


